Etape de travail pour la médaille de la Villa Médicis à Rome
Par Nicolas Salagnac, samedi 13 décembre 2008 à 10:25 :: Médailles :: #223 :: rss
Cette médaille d’un diamètre de 90 millimètres, a été créée et réalisée dans le respect de la tradition.

Description de la médaille de la Villa Médicis
L’avers pose une loupe sur la villa Médicis depuis ses jardins. En fond droit et majestueux la belle façade et sous le pin parasol est exquissé en arrière plan la Ville Eternelle, Rome où se dresse la coupole du Vatican.
La villa Médicis doit son nom au cardinal Ferdinand de Médicis (1551-1609). Il demande en 1576 à l’architecte florentin Bartolomeo Ammannati d’agrandir la Villa du cardinal Ricci qu’il vient d’acquérir et de réaliser l’édifice actuel, qui devint l’écrin d’une extraordinaire collection de sculptures et de peintures. Le cardinal fait aussi aménager de vastes jardins, qui ont conservé intact leur tracé du XVIe siècle. Ils sont aujourd’hui dominés par de grands pins parasols plantés au début du XIXe siècle.
Le bâtiment joue d’une structure bi-face des façades. Du côté ville, on découvre une façade particulièrement austère et rigide, tandis que la façade du côté des jardins est davantage ouvragée. Elle est décorée de bas-reliefs antiques qui ont été placés en 1584. De grandes scènes mythologiques, dont le Jugement de Pâris et l’histoire d’Hyppolite, ainsi que de somptueuses guirlandes de l’Ara Pacis s’échelonnent sur les corps latéraux. Des masques de théâtre accentuent le côté décoratif et théâtral de cet ensemble. Au niveau de la loggia, de belles colonnes de cipolin et de granit égyptien introduisent le promeneur à la riche polychromie du pavement en marbre où se situe la fontaine de Mercure. Les deux lions rappellent à la fois Florence, Léon X et Ferdinand, lui-même né sous le signe du Lion.
Le revers est illustrée par la sculpture de Mercure, messager des Dieux et des Médicis, réalisée par le Giambologna (1529-1608), sculpteur et architecte d’origine flamande qui vécut à la cour des Médicis de Florence.
Ce Mercure constitue la figure emblématique de la Villa Médicis et ceci à plus d’un titre : en effet, cette sculpture en bronze est installée à son emplacement actuel dès la fin des années 1580 et l’original restera sur la vasque jusqu’en 1780. Ce n’est qu’en 1883 qu’une copie est réalisée, celle que l’on peut voir actuellement, tandis que l’original est conservé au musée Bargello de Florence.
Mercure, dieu romain préside ainsi au commerce, à l’éloquence, et surtout il transmet les messages de Jupiter et protège les voyageurs. Cette sculpture démontre la virtuosité de l’artiste : le corps en équilibre du jeune dieu repose sur le souffle aérien et aquatique d’un putto qui transmet l’inspiration créatrice provenant des dieux. Grâce à un parfait jeu d’équilibre anatomique, l’œuvre présente un dynamisme qui rend le dieu messager très présent : la figure serpentine, le déhanchement anatomique, l’équilibre des contraires sont autant d’éléments plastiques propres à la sculpture maniériste de la fin du XVIe siècle. Là où elle est installée, la sculpture de Giambologna désigne de l’index de la main droite ce qui est derrière lui, c’est-à-dire l’emblème des Médicis (les 6 bisants) qui est placé sur la façade de la Villa Médicis et qui domine le visiteur. Ce dernier se voit ainsi guidé par le messager des dieux, à la fois dans sa quête d’inspiration mais aussi dans sa vénération d’une grande famille : création et histoire se conjuguent de la sorte au présent.
Les étapes de la réalisation de la médaille
1 – Le dessin
Recherche et mise au point de maquettes dessinées pour traduire l’image de marque de la future médaille.
Ainsi naît sous le crayon la future médaille.
2 – La sculpture

Une fois les motifs de l’avers et du revers arrêtés, le graveur entame les sculptures en bas-relief de chacun des motifs. Cette étape vers la concrétisation du projet passe par le modelage du dessin à l’échelle trois. Ainsi, les grandes masses prennent vie et émergent du plan.
Puis, d’empreintes en contre-empreintes en plâtre, travaillées et gravées à la main, le motif prend forme.
Le modelé final est moulé avec une résine pour servir de gabarit de reproduction de ses formes sur un bloc d’acier.
3 – La reproduction des sculptures sur les matrices

Un bloc d’acier est positionné sur un tour à réduire à gauche et l’empreinte en résine de la sculpture est, elle, fixée à droite.
Ainsi réglé l’usinage peut commencer. Un palpeur va suivre l’ensemble de la surface de la sculpture et reproduire les formes rencontrées sur le bloc d’acier avec un outil de coupe. Cette étape est longue et précise, il faut ébaucher dans un premier temps et terminer par « la passe de finition », pour graver les détails dans l’acier.
Ces usinages ont été faits pour la matrice de l’avers et celle de revers.
4 – La gravure main des matrices en acier

Enfin, le graveur vient supprimer toutes les traces du passage de la machine sur la matrice. Cette étape se fait avec des burins frappés au marteau, des onglettes, des échoppes, des ciselets, des traçoirs, des mats... Il redessine et souligne les lignes de force des motifs.

Ainsi, la lumière, future partenaire incontournable, viendra, par son passage, souligner les bas-reliefs, les détails et les douceurs de la future médaille.
C’est la finition main, le graveur donne ici son « coup de patte » et la vie à la future médaille.
5 – Pour finir, l’édition des médailles
Ainsi gravées, les matrices sont traitées thermiquement et deviennent utilisables par l’éditeur.

Les matrices positionnées sur une presse de 1 600 tonnes, vont marquer médaille par médaille des flans de bronze. Chaque médaille est frappée puis recuite au four, puis refrappée jusqu’à obtenir tous les reliefs. Après cette phase d’estampage, elles sont usinées au diamètre.
La finition par la patine apporte la touche finale à la médaille et met en valeur l’oeuvre de l’artiste. Cette opération est restée dans la tradition artisanale car toutes les médailles sont reprises et finies à la main.
Ce n’est qu’à la fin de ce long processus, et en respectant toutes ces étapes que naît véritablement la médaille.
En 2008, le directeur de la villa Médicis me confie la création et l’édition de sa nouvelle médaille. La Maison Arthus-Bertrand s’impose comme éditeur. Elle maîtrise depuis plus de deux siècles toutes les exigences et tous les secrets nécessaires à cet effet.
Ce travail et cette présentation a été soutenu par le "Grand Lyon" et son président, Gérard Collomb Sénateur Maire de Lyon ; la Bibliothèque Nationale, par Michel Amandry, conservateur et directeur du Cabinet des Monnaies, Médailles et Antiques ; le Musée des Beaux-Arts de Lyon, par François Planet conservateur du médaillier ; les Ateliers Charles Jouffre ; et la maison Arthus-Bertrand.
Merci à Jean-Pol Donné, Président du Cercle Lyonnais de Numismatique pour sa participation au livret.
Photographies Matthieu Cellard
Le lendemain de la remise de la première médaille, avec le directeur de la Villa Médicis, Monsieur Frédéric Mitterrand.
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