Nicolas Salagnac

ANTICIPATION, un texte écrit en 1967 entre Théorie et Pratique – école Boulle.

DISCOURS ÉCRIT A L’OCCASION D’UN BANQUET DE PROFESSEURS TECHNIQUES chez « Tintin », à VILLIERS LE BACLE (91) ESSONNE.
Le 16 DÉCEMBRE 1967 par COLIN Pierre, ancien Élève ciseleur de L’École BOULLE – Promotion I9I5-I9I9, devenu chef des travaux de l’école Boulle dans les années 1960.
ou de l’équilibre indispensable entre la théorie et la pratique.

D’années en années, et malgré les résistances énergiques de ses Directeurs successifs, l’École BOULLE avait vu son programme se compliquer considérablement.
En l’an 2.500, L’École BOULLE s’appelait le LYCÉE TECHNIQUE MUNICIPAL X.35 – Subdivision EST – 095.
Voici ce qu’était devenu son enseignement pratique.

Dans un vaste atelier éclairé par une lumière verte artificielle, un marteau était posé tout seul sur une grande table.
Assis tout autour des élèves sous la surveillance d’un œil électronique, prenaient des notes dictées pat une machine parlante.
Le « Marteau » était décrit sous ses différents aspects : à l.’ époque diluvienne, préhistorique, égyptienne, sumérienne, assyrienne, gréco-romaine, celtique, basque, carlovingienne, mittelâgeuse, renaissante, etc… etc… jusqu’à nos jours avec les aciers au chrome, au molybdène, au cobalt etc… etc…
Les angles de frappe, l’utilisation des abaques et des graphiques, le dégagement de chaleur au moment de l’impact, tout était mentionné.
Mais ! mais aucun élève ne touchait au marteau, qui était remisé sous clef dans un grand coffre, après la leçon.


Dans un autre atelier, c’était la scie qui faisait l’objet d’une étude – La « Scie » à travers les Ages ; les différentes sortes de montures et de dentures.
Des volumes épais comme des BOTTINS, donnaient des indications pour le calcul de la VOIE à employer selon les différentes matières à scier.
Mais ! mais aucun élève ne touchait à la scie, qui était remisée sous clef dans un grand coffre, après la leçon.
La matière première la plus employée : c’était le « PAPIER ». Les copies des élèves s’ empilaient dans les greniers, dans les dans les couloirs et dans une partie des cuisines.
Dans les armoires en matière plastique, les rayons prenaient des courbures paraboliques sous le poids des copies.
Parfois sous l’influence de contre courants électro-magnétiques encore mal connus, les ordinateur qui commandaient les ROBOTS du Lycée Technique, tournaient à l’envers.
Il s’ensuivait dans le service des perturbations regrettables par exemple : le déjeuner des élèves se plaçait au milieu du cours de littéra­ture transcendantale, et la séance de douches, en plein cours de Mathématiques différentielles et polarisées.
Les crânes des étudiants se développaient énormément, mais leurs mains s’atrophiaient et devenaient malhabiles…
Un petit banc en peuplier fut le résultat de 5 années de travail pratique au Lycée Technique Municipal.
C’était l’incohérence et l’anarchie !

LA THÉORIE AVAIT ÉTRANGLÉ LA PRATIQUE !!!

Nous en étions à cette faillite, lorsqu’un petit Professeur du Lycée Technique, Timide, myope, chauve, bègue, mais cultivé et presque ignoré de tous, découvrit un soir dans une Bibliothèque Municipale un carnet d’atelier d’un très ancien élève de L’École BOULLE et datant de l’année 1960.

Il fut étonné et ravi de trouver une pédagogie technique simple, réaliste équilibrée, ou la « THÉORIQUE » et la « PRACTIQUE » s’harmonisaient parfaitement, selon les préceptes de Bernard Palissy a développés dans son ouvrage :  » Discours Admirables de la Nature des Eaux et Fontaines.

Avec l’audace qu’ont parfois les timides, ce petit Professeur envoya par la voie hiérarchique, une demande de réforme de l’Enseignement Pratique du Lycée Municipal à Monsieur le SUR-INTENDANT de l’Instruction Publique.

Ce haut dignitaire, homme intelligent et de bon sens, accepta aussitôt ; et le lendemain il signa un décret transformant complètement l’enseignement pratique du Lycée Technique Municipal X 35 – SUBDIVISION EST – 0.95

Les résultats ne se firent pas attendre…

  • Quelques mois après, la 12ème chaine de télévision (couleurs et parfums) transmettait dans le monde entier l’image des ENSEMBLES et des MEUBLES conçus et réalisés au Nouveau Lycée Technique Municipal.
  • Ces ensembles et ces Meubles eurent un succès inouï et une influence considérable sur les Modes des « PUISSANCES POPULAIRES POUR LA PAIX PLANÉTAIRE »
  • En sigle les P.P.P.P.P.
  • Une émission radio en couleurs, spéciale et dirigée, fut projetée en laser sur la Planète MARS, dont les habitants (petites créatures de 60 centimètres de hauteur, mais très raffinées) apprécièrent beaucoup ces ouvrages d’Art d’origine parisienne.
  • Et voilà comment, le Lycée Technique Municipal X 35 – SUBDIVISION EST- 0.95 redevint tout simplement : « L’ÉCOLE BOULLE »

COLIN Pierre, ancien Élève de L’École BOULLE – Promotion I9I5-I9I9, devenu chef des travaux de l’école Boulle dans les années 1960.

Texte conservé par Michel Lasnier, ancien professeur de gravure ornementale de l’école Boulle et transmis suite à l’évocation de ce texte dans l’hommage à Pierre Mignot mon professeur d’atelier à l’école Boulle.

Je l’ai réécrit en l’état avec des mots parfois étonnants, comme : carlovingienne… et le soumet ici, car l’histoire se répète…
Ce texte est particulièrement d’actualité (ou encore d’actualité), l’importance de la démarche par rapport à la réalisation… Le concept plus valoriser, que l’exécution. Pourtant qui demain pour produire et rendre concret les plus belles idées du monde ?
Ne sommes nous pas, nous artisans d’art, avec cette faculté rare de pouvoir avec la maîtrise des techniques anciennes et nouvelles, rendre concret un plan, un fichier 3D, voir 5D, ou une vue de l’esprit… L’artisan d’art n’a-t-il pas la vocation rare à faire de l’unique, une pièce produite avec cœur et valeur… C’est pourquoi le sens pratique à tout lieu d’être.

A méditer bien sur.
Merci Michel.

Nicolas Salagnac