Nicolas Salagnac

L’Atelier Nicolas Salagnac

Graveur médailleur, Nicolas Salagnac est Meilleur Ouvrier de France en 2000. Il est formé à l’école BOULLE, à Paris et sort avec le Diplôme des Métiers d’Art, en 1990. Après 13 ans de travail et donc d’apprentissage du métier, il installe son propre atelier, aujourd’hui à Villeurbanne.

Une partie gravure main

Une partie gravure main

L’endroit est inondé de lumière du jour. Le double établi est au bord de la baie vitrée afin d’optimiser la luminosité.

Sur cet établi, les outils du graveur main : marteaux de graveur et de ciseleur ; burins plat, méplat, rond ; onglettes ; ciselets, mat, brillants, traçoirs, perloirs, bouterolles ; rifloirs ; échoppes… Ces outils sont rares, car ils sont pour la plupart fabriqués à la main à partir d’une barre d’acier.
Pour certains outils, Nicolas Salagnac est la troisième génération de graveur. En 2004, Monsieur Claude Chaban, graveur de matrices de couvert à la retraite, donne ses outils à Nicolas Salagnac (« pour qu’ils revivent à travers vos mains… »). Outils qu’il avait lui-même récupérés de Monsieur Guttin, graveur de matrice de couvert qu’il a remplacé dans les années 1920.

L’Enlèvement de Proserpine

Voir ci-dessous un film qui retrace les étapes de création d’une médaille inspirée d’un détail de la sculpture de Le Bernin, « l’Enlèvement de Proserpine par Pluton ».

Une partie machines

Une partie machines

A part pour laisser de côté le bruit qu’occasionne les machines, vous trouverez une affûteuse, un pantographe, deux tours à réduire (machines anciennes mais spécifiques au graveur médailleur), une ponceuse à bande, un touret à polir. Un établi, avec un étau. Une presse hydraulique et des petites presses à bras.

Les tours à réduire

C’est principalement avec ces machines que Nicolas Salagnac travaille. Elles permettent de reproduire par réduction sur la matrice en acier le modèle sculpté, modelé à une échelle au moins trois fois plus grande.

Conception, gravure et réalisation d’une médaille

Conception, gravure et réalisation d’une médaille

Je définirai trois grandes familles pour la réalisation d’une médaille

A – La gravure main ou la « taille directe » : C’est une technique traditionnelle. Elle permet à l’artisan d’exécuter directement son œuvre à la dimension et dans la matière définitive, sans l’aide de la machine. Le graveur reporte son dessin sur sa matrice en acier en l’inversant puis il suit et respecte son motif, il entame la matière avec ses outils (burins de graveur, onglettes frappés au marteau et échoppes aidé parfois de ciselets) pour faire naître son modèle. Il réalise sa gravure sur un poinçon (à l’endroit) ou une matrice (à l’envers) avec comme perspective l’édition en série de son travail. Cette technique demande une grande maîtrise car une erreur est difficilement rattrapable. Ce travail nécessite des qualités et aptitudes au dessin, à la sculpture en bas-relief et la maîtrise des gestes techniques du graveur en modelé.

B – La technique de réduction d’une sculpture en bas-relief : Le modèle est d’abord réalisé en modelage sur plâtre à l’échelle 3, puis réduit à l’aide d’un pantographe ou d’un tour à réduire (machine mise au point pour les monnaies et médailles dès le XVIe siècle). Toutes les traces de la machine seront ensuite supprimées à la main à l’aide d’échoppes, de burins et de ciselets.

C – Les techniques modernes de gravure : Le palpage d’une sculpture en bas-relief, l’usinage laser, les commandes numériques par fraisage, les logiciels de gravure pour dessiner et concevoir les motifs (à plat, ou en modelé).

Mes étapes principales de la réalisation d’une médaille (exemple avec la médaille de la Villa Médicis).

1 – Le dessin

Recherche et mise au point de maquettes dessinées pour traduire l’image de marque de la future médaille. Ainsi naît sous le crayon la future médaille.

2 – La sculpture

Une fois les motifs de l’avers et du revers arrêtés, le graveur entame les sculptures en bas-relief de chacun des motifs. Cette étape vers la concrétisation du projet passe par le modelage du dessin à l’échelle trois. Ainsi, les grandes masses prennent vie et émergent du plan.

Puis, d’empreintes en contre-empreintes en plâtre, travaillées et gravées à la main, le motif prend forme.

Le modelé final est moulé avec une résine pour servir de gabarit de reproduction de ses formes sur un bloc d’acier.

sculpture_revers_Medaille_Villa_Medicis

sculpture_face_Medaille_Villa_Medicis

3 – La reproduction des sculptures sur les matrices

Un bloc d’acier est positionné sur un tour à réduire à gauche et l’empreinte en résine de la sculpture est, elle, fixée à droite.

Ainsi réglé l’usinage peut commencer. Un palpeur va suivre l’ensemble de la surface de la sculpture et reproduire les formes rencontrées sur le bloc d’acier avec un outil de coupe. Cette étape est longue et précise, il faut ébaucher dans un premier temps et terminer par « la passe de finition », pour graver les détails dans l’acier.

usinage_Medaille_Villa_Medicis

4 – La gravure main des matrices en acier

Enfin, le graveur vient supprimer toutes les traces du passage de la machine sur la matrice. Cette étape se fait avec des burins frappés au marteau, des onglettes, des échoppes, des ciselets, des traçoirs, des mats… Il redessine et souligne les lignes de force des motifs.

Ainsi, la lumière, future partenaire incontournable, viendra, par son passage, souligner les bas-reliefs, les détails et les douceurs de la future médaille.

C’est la finition main, le graveur donne ici son « coup de patte » et la vie à la future médaille.

gravure_Medaille_Villa_Medicis

gravure_revers_Medaille_Villa_medicis

5 – Pour finir, l’édition des médailles

Ainsi gravées, les matrices sont traitées thermiquement et deviennent utilisables par l’éditeur.

Les matrices positionnées sur une presse de 1 600 tonnes, vont marquer médaille par médaille des flans de bronze, d’argent ou d’or. Chaque médaille est frappée puis recuite au four, puis refrappée jusqu’à obtenir tous les reliefs. Après cette phase d’estampage, elles sont usinées au format.

La finition par la patine apporte la touche finale à la médaille et met en valeur l’œuvre de l’artiste. Cette opération est restée dans la tradition artisanale car toutes les médailles sont reprises et finies à la main.

Ce n’est qu’à la fin de ce long processus, et en respectant toutes ces étapes que naît véritablement la médaille.

©  Photographies Matthieu Cellard