Nicolas Salagnac

Jean-Pierre Réthoré, MOF 1986, gravure modelé sur acier en relief

Né en 1935. Il dessine beaucoup et aime ça. Au collège de Saint Mandé, il tombe sur une exposition de gravure (burin, eau-forte…). Il veut en faire son métier. Déjà il aime le travail minutieux et minuscule…

Il cherche alors à rentrer à l’école Estienne et passe le concours d’entrée. Sa mère va voir le résultat, Jean-Pierre a peur qu’il soit mauvais, il est en fait 5e et il finira premier quatre ans plus tard (1951 à 1955). Pendant les deux dernières années de sa formation à Estienne, il va tous les jeudi après-midi à l’Imprimerie Nationale pour travailler avec Monsieur Louis Gauthier, le graveur principal de l’Imprimerie.

En 1955, Jean-Pierre se souvient que ce dernier avait réunis 25000 anciens francs, pour son travail. Son premier investissement va sur de l’outillage pour la gravure des poinçons de lettre qu’il se fait fabriquer.

En Juillet 1955, après Estienne, il est embauché à l’Imprimerie Nationale. En Mai 1956, il est appelé en Algérie, il sera libéré en juillet 1958.

En septembre 1958, il réintègre l’Imprimerie Nationale. Il est « aide graveur ».

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Photographié en 1960, à l’Imprimerie nationale.

Il tente ensuite d’entrer à la Monnaie de Paris, pour cela il lui faut deux tentatives en 1967 et en 1968. Là un gros travail l’attend : « il faut refaire les poinçons de lettre de la Monnaie », c’est la spécialité de Jean-Pierre. À la question combien de poinçons de lettre gravés… sachant qu’un alphabet c’est 30 à 40 lettres… : « faudrait que je compte… disons entre 5 000 et 6 000, peut-être, j’te dirai ».

À  la Monnaie Jean-Pierre fait forcement beaucoup de poinçons, il découvre la taille directe, la gravure en modelé, des médailles. Il aime les concours et il touche à tout : fer à doré ; sceau / cachet ; médailles.

Il aime tout particulièrement sa médaille sur « BUFFON » gravé en 1987, diamètre 68, gravé en taille directe, face et revers.

Il est médaille d’or du Salon des Artiste Français, en mai 1984. Il est médaille vermeil des Arts et des Lettres. Il est chevalier dans l’ordre du National du Mérite en 1987.

En 1998, il prend sa retraite de la Monnaie de Paris, mais n’arrête pas la gravure pour autant. En effet, il grave à la maison, dans son atelier, quand il ne va pas à la chasse, son autre passion. Mais pas la chasse pour tuer le gibier, plus pour le contexte et se retrouver dans la nature en Seine et Marne, à Chablis…

Il préfère voir le gibier courir que le « tirer ».

Et une autre passion l’aquarelle à la campagne en Seine et Marne, en Bretagne.

Le concours MOF en gravure… le 17 e concours MOF de 1982 à 1986.

Un jour Louis-André Desquand passe à la Monnaie comme souvent. Cette fois, il vient voir Jean-Pierre, il lui parle du concours MOF et lui dit : «  je t’ai inscrit au concours MOF ».

Surpris, Jean-Pierre lui dit : «  t’aurais pu me prévenir… » « C’est ce que je fais… »

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Le sujet : gravure en taille directe sur acier d’un visage de style renaissance italienne. Les candidats ont une base succinctement dessinée. La première étape est de la redessiner, d’affiner le dessin et la composition, ici en cercle avec un perlé.

La gravure est donc une taille directe dans l’acier en poinçon, d’un diamètre de 50mm.

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Ce travail pour le concours MOF est fait le soir, pendant les week-ends et dans l’intimité et la discrétion. « À la Monnaie personne ou presque ne savait, et puis en 1986, lors d’un pot à l’atelier de gravure j’ai amené mon travail pour ce concours MOF, pour leur apprendre que j’étais MOF… Peu de réactions… Et puis une critique du visage (ça fait toujours plaisir…)… et puis la vie continue. »

Et puis 10 poinçons de lettres : ABCDEFGHIJ en lettre gothique de 4mm de haut. Poinçons pour matrice, donc les lettres sont gravées à l’endroit sur le poinçon afin de générer le négatif sur une matrice.

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Environ 5 à 6 heure pour graver un poinçon.

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Le tout en une année, une année et demie pour finir et se présenter.

L’Exposition Nationale du Travail aura lieu en 1986, dans le bois de Vincennes, au Parc Floral de Vincennes, Paris.

ReTHORe-Jean-Pierre-1990aPhotographié en 1990, à la Monnaie de Paris.

Article et photos de Nicolas Salagnac – lors d’une rencontre avec Jean-Pierre Réthoré à son atelier de Vincennes en 2014.

Recueillir son témoignage, son parcours et son travail de graveur, de Meilleur Ouvrier de France, pour permettre à Jean-Pierre de passer du monde des articles papier à l’aire du numérique… Merci pour la qualité de ton travail Jean-Pierre, et de ton exigence qui est un exemple à suivre.