Nicolas Salagnac

Médaille Jacques Germain SOUFFLOT, 2009

Médaille Jacques Germain SOUFFLOT, 2009

Médaille Jacques Germain SOUFFLOT, 2009

Création d’une médaille sur l’architecte Jacques Germain SOUFFLOT. Cette médaille est issue du triptyque sur les architectes de la région Lyonnaise. 3/3 édition 2009. medaille_soufflot_Lyon

Soufflot & Lyon, une empreinte
Renouvelant une fois encore notre volonté de communiquer sur notre région, notre ville et ceux qui l’ont servie, nous sommes heureux de vous présenter l’architecte Soufflot qui a marqué Lyon de son empreinte. Cette médaille sur Soufflot vient clore le triptyque sur les architectes. L’architecture restant au centre de nos métiers, continuons à travailler ensemble pour améliorer nos cités, dans le respect de la nature et dans le souci d’un développement maîtrisé. Pour 2009, ce sera notre vœu le plus cher.
Michel CHENEVAT, Directeur régional Eiffage Construction centre-est

Jacques Germain Soufflot (1713 – 1780) et Lyon
Elshoect0004aNon, Soufflot n’est pas l’architecte d’un seul monument, quand bien même cet édifice serait le chef d’œuvre de l’architecture française du XVIIIe siècle. L’église Sainte-Geneviève de Paris, devenue le Panthéon français, puisque c’est bien à ce monument qu’il doit d’être universellement connu, ne saurait laisser dans l’ombre le reste de son œuvre et notamment ses réalisations lyonnaises. L’éclat des manifestations scientifiques qui ont marqué, dans notre ville et à Paris, le deuxième centenaire de sa mort en 1980 (« l’année Soufflot ») s’étant quelque peu assourdi, il n’est peut-être pas vain de le répéter.
Celui qui fut un Lyonnais d’adoption et même un Lyonnais d’honneur, si l’on en juge par la présence de son buste dans la galerie des Lyonnais célèbres, était en fait Bourguignon. Soufflot nait à Irancy, près d’Auxerre, où il est baptisé le 22 juillet 1713, dans un milieu d’officiers royaux désireux, comme il se doit, de le voir suivre la carrière du droit. Sa précoce vocation d’architecte offre le tableau commun des récits hagiographiques. Retenons, chez l’un de ses premiers biographes, ce trait plaisant qui nous découvre que le jeune Soufflot « ne pissait jamais devant un édifice en construction sans s’y arrêter et sans l’examiner avec soin ». Plus romanesque, la singulière anecdote de la lettre de change volée au père et grâce à l’argent de laquelle il s’enfuit du domicile familial avec le projet de passer en Italie, la terre des arts. Soufflot quitte donc Paris, en 1731, et prend la route de Rome où sa présence n’est attestée qu’à partir du 30 mars 1733.
S’est-il arrêté quelque temps à Lyon et a-t-il pris part à des chantiers de construction, comme cela a été dit ? Les preuves de ce premier séjour lyonnais sont encore à trouver. Peut-être s’emploie-t-il, alors, sous la direction de Ferdinand Delamonce (1678-1753), aux préparatifs de la campagne de travaux pour la construction du dôme et de la nef de l’église Saint-Bruno (1733-1737). Sans cette connaissance directe d’un édifice en attente d’achèvement, on conçoit mal comment le jeune apprenti architecte aurait pu, quelques mois plus tard, envoyer de Rome aux Pères Chartreux un projet de dôme qu’il ne cessa d’avouer pour l’un de ses meilleurs ouvrages. Du moins, tenait-il pour rien l’apprentissage auprès de Delamonce car il se vantera, dans son épitaphe, de n’avoir eu d’autre maître que la nature. Il est vraisemblable que, dès 1731-1733, Soufflot a noué des relations avec les milieux d’affaires lyonnais et les hommes influents qui lui furent utiles dans la suite de sa carrière. Sur les rives de la Saône, comme bientôt en Italie, des qualités d’entregent et, sans doute, l’efficacité du réseau familial lui ouvrent des portes qui restent fermées au commun des hommes. Ainsi, à partir du 9 décembre 1734, lui qui n’a pas concouru pour le grand Prix, est admis, sur ordre du directeur des Bâtiments du roi, comme pensionnaire à l’Académie de France à Rome, installée dans le palais Mancini, sur le Corso. Ses années de formation écoulées, il obtient l’autorisation de rentrer en France, le 16 mars 1738.
C’est à Lyon qu’il choisit de se fixer. Diverses circonstances expliquent cette décision. La ville connaît alors une intense activité de constructions édilitaires ou privées. Bien décidé à résoudre les problèmes de circulation, on applique rigoureusement le nouveau plan d’alignement général ; les bâtisses en bord de Saône et les rives instables du Rhône laissent place à des quais et à des ports de grande allure. Pour financer la reconstruction de leurs couvents ou simplement les mettre au goût du jour, les communautés religieuses consentent à céder une part de leur réserve foncière urbaine. Ces nouveaux terrains à bâtir excitent l’appétit des entrepreneurs et font naître des projets d’agrandissement par annexion des îles du Rhône. La corporation des maîtres-maçons n’offre pas les hommes qualifiés pour diriger des chantiers où intervient de plus en plus la notion d’embellissement urbain. Outre une grande puissance de conception, on exige de l’architecte une authentique culture artistique. Soufflot, auréolé de son prestige romain, est donc vivement attendu pour prendre la suite d’un Delamonce vieillissant. L’ancien pensionnaire du roi vient encore à Lyon attiré par un milieu d’amateurs de cette ville qui a voyagé en Italie, comme l’abbé Antoine de La Croix de Laval (1708-1781), trésorier de France, et mécène du sculpteur Slodtz. Renouant avec les fréquentations de son vraisemblable premier séjour lyonnais, l’architecte se lie aux milieux d’affaires et à l’élite intellectuelle de la ville. À peine installé, est-il élu à la société royale des Beaux-Arts de Lyon (académie de Lyon), société savante devant laquelle il prononce plusieurs discours importants qui font connaître sa pensée architecturale, et dont il devient le directeur en 1755. Par ailleurs, l’ambitieux Soufflot sait se ménager la protection de personnages puissants, le duc de Villeroy et le cardinal de Tencin, respectivement gouverneur et archevêque de Lyon, tous deux familiers de la cour.
La carrière lyonnaise de l’architecte est particulièrement féconde. Pendant une quinzaine d’années (de la fin 1738 à décembre 1749, et de février 1751 à janvier 1755), il va mener à bien différents chantiers, tant publics que privés. Cette période de la vie de Soufflot est interrompue par le voyage qu’il effectue en Italie pour servir de mentor au jeune Abel Poisson, marquis de Vandières, frère de la marquise de Pompadour, et futur marquis de Marigny, lequel devait faire son Grand Tour pour se préparer aux importantes fonctions de directeur général des Bâtiments du roi, Académies et Manufactures. Au cours de ce fameux voyage, fameux du point de vue de l’histoire de l’art en France, car il sert de date commode pour marquer l’essor du grand mouvement de retour à l’antique, Soufflot s’emploie à visiter les temples grecs de Paestum et le site de Pompéi.

L’Hôtel-Dieu
hotel-dieu_2Dès 1733, les recteurs de l’Hôtel-Dieu avaient décidé l’agrandissement de cette grande institution charitable lyonnaise et disposaient, pour cela, du projet de Delamonce (1736) qui leur avait déjà construit un magnifique portail sur la place de l’Hôpital. Dans des circonstances qui restent à élucider, les plans de Delamonce, comme ceux de l’architecte parisien Étienne Le Bon, condamnés en raison de leur manque d’ambition urbaine, restent finalement dans les cartons, tandis que Soufflot est désigné, au début de 1739, pour construire le nouvel hôpital. La première pierre est posée le 3 janvier 1741, quelques mois avant la signature du contrat entre les recteurs et l’architecte (28 juin 1741). Soufflot, auteur des plans et maître de l’œuvre, y travaille continûment de 1741 à 1749.
plan_hotel-dieuConçu pour 1 300 malades, soignés par 130 sœurs et 50 frères hospitaliers, l’édifice se remarque par sa longue façade sur la rive droite du Rhône (375 m) et son pavillon central (le Grand dôme), modèle de logique fonctionnelle, puisque, selon les données hygiénistes du temps, il devait permettre l’aération des quatre grands salles des malades et qu’en outre, on pouvait y célébrer la messe sur un autel visible de tous les lits. En ce Siècle des Lumières, c’est assurément le plus grand chantier lyonnais de construction, aussi long que le chantier d’une cathédrale médiévale (il ne sera véritablement terminé qu’à la fin du XIXe siècle), mobilisant des corps de métiers multiples, appelant la collaboration des meilleurs sculpteurs de la ville. Au terme de son contrat de huit ans, Soufflot a surveillé l’exécution de la partie des bâtiments au sud du Grand Dôme, celui-ci attendant encore son toit définitif. La seconde campagne de travaux qui commence en mai 1757 pour s’achever en 1763, est dirigée par Melchior Munet et Toussaint Loyer (1724-1807). La cérémonie de la bénédiction du double maître-autel, placé sous le dôme central, sert d’inauguration au nouvel Hôtel-Dieu, dans son état d’inachèvement, le 16 décembre 1764, l’année de la pose de la première pierre de l’église Sainte-Geneviève. L’Hôtel-Dieu consacre la réputation de Soufflot auprès de ses confrères. Le 23 novembre 1749, à la veille de son départ pour l’Italie, il est reçu membre de l’Académie royale d’architecture (élu le 17 novembre 1749), dont il avait demandé l’agrément, deux ans plus tôt, en présentant ses plans.
L’architecture palatiale de l’Hôtel-Dieu s’inscrit dans le cadre d’une vaste opération urbaine préméditée par les autorités de la ville. La situation de ce bâtiment à la sortie du pont de la Guillotière lui confère l’importance topographique d’une entrée de ville. Au reste, cet emplacement de choix est pour beaucoup dans le succès critique que rencontre l’œuvre de Soufflot. Il s’agit d’élever sur la rive droite du Rhône, une suite de façades imposantes (des maisons du nouveau quartier Saint-Clair, au nord, jusqu’aux immeubles de Rigod de Terrebasse, au sud), façades bordant la ligne des quais nouvellement construits.

Le quartier Saint-Clair
AM69123_16Fi_0301aEn 1745, Soufflot est chargé du nivellement du Rhône et des travaux du port Saint-Clair pour servir de débouché au chemin de Bresse qui longe le coteau de la Croix-Rousse. Associé au négociant Millanois et à l’architecte Munet, il réoriente le projet municipal vers une opération de lotissement spéculatif grâce au comblement d’un bras du Rhône. Par délibération du 22 octobre 1749, le consulat approuve la concession du terrain et l’autorisation de construction en faveur des associés. C’est là la première entreprise d’agrandissement de la ville au XVIIIe siècle. Le nouveau quartier Saint-Clair, conquis sur le fleuve, est loti sur un plan orthogonal. L’idée de spéculation foncière domine l’entreprise comme en témoigne l’étroitesse de la rue Royale. Au reste, Soufflot ne cherche pas à imposer ses plans pour les immeubles. Par le jeu des reventes d’îlots construits ou de terrains nus, Soufflot et ses associés multiplient par vingt leur investissement initial.

La Loge du change et le Théâtre
DD295-p54aDans le domaine de l’architecture publique, Soufflot dote la ville de deux belles réalisations. La Loge du change (actuellement temple protestant), dans le quartier Saint-Jean, est transformée et embellie sur ses dessins ; les travaux sont dirigés par Jean-Baptiste Roche (1746-1748).
Au cours de son deuxième voyage en Italie, Soufflot s’intéressa de prêt à l’architecture des théâtres. Ces recherches sont bientôt mises à profit pour la construction de la salle de spectacles de Lyon dont les plans sont présentés à l’Académie, dès le 15 décembre 1753. Le 5 mars de l’année suivante, le consulat approuve le projet qui est aussitôt mis en adjudication. À son départ de Lyon, en février 1755, Soufflot confie la surveillance du chantier à Munet et à Jean-Antoine Morand (1727-1794), jeune ornemaniste qu’il avait recruté deux ans plus tôt et qu’il avait envoyé chez Servandoni, à Paris, se former dans la machinerie des théâtres. Jusqu’à la veille de sa mort tragique, le promoteur du quartier des Brotteaux verra en Soufflot son « maître » et son « ami ». Le théâtre est inauguré et ouvert au public, le 30 août 1756, en présence de son créateur, revenu à Lyon pour l’occasion. Sur un programme ancien, Soufflot a conçu un bâtiment d’un genre nouveau : une salle à l’italienne (elliptique avec loges), d’une jauge de deux mille spectateurs, dans un bâtiment isolé sur tous ses côtés et qui ne craint pas de montrer sa façade en regard même de l’hôtel de ville. Le théâtre, que condamne encore l’église, n’est plus cette salle que l’on cache dans d’anciens jeux de paume ; il s’affirme comme un édifice édilitaire, un équipement culturel de première nécessité dans un siècle de théâtromanie. Manifeste d’une architecture du loisir, la nouvelle salle de spectacles de Lyon annonce les projets et les réalisations postérieures, comme le théâtre de l’Odéon, à Paris (1767-1782). La salle de Soufflot ne résistera malheureusement pas aux travaux de restauration qu’on lui fera subir en 1826.

Maisons privées et jardins
L’hôtel de La Croix-Laval, sur le rempart d’Ainay (actuellement musée lyonnais des Arts décoratifs, rue de la Charité) a été construit, à partir de 1739, pour Jean de La Croix de Laval, le frère de l’abbé. L’intervention de Soufflot ne laisse guère la place au doute même si les plans n’ont pas été retrouvés. C’est l’un des rares exemples d’architecture privée qui a survécu aux transformations urbaines. L’hôtel Sabot de Pizey, situé entre la rue Saint-François, la rue Sala et la rue de Bourbon, a, lui, péri dans le percement de l’actuelle rue Victor Hugo.
Soufflot ne dédaigne pas de donner des plans pour de simples immeubles à loyers : maison au 27, rue Puits-Gaillot, construite pour Claude Allier de Hauteroche, que l’architecte habita quelque temps (vers 1738-1744 ; détruite) ; maison au 7, rue Neuve et au 12, rue Mulet, pour Blaise Denis. Vers 1744-1745, Soufflot fait bâtir un groupe de trois immeubles (3-4, 5, et 6-7, place Louis Chazette). Lui-même s’installe dans l’un d’eux. En 1751, Melchior Parent, commis du ministre Bertin, puis directeur de la manufacture royale de Sèvres, lui commande les plans de la maison qu’il fait construire place de l’Herberie (actuellement rue Saint-Côme). La même année, Soufflot élève la maison Perrachon au 18 de la rue du Bât-d’Argent.
1S90aC’est peut-être dans les maisons des champs ou de plaisance qu’il conçoit en totalité ou qu’il aménage en créant des jardins et des fontaines, que Soufflot trouve le meilleur emploi de ses années de formation romaines : la Rivette, à Cuire (1738-1740) ; les jardins du Château-Bourbon, à Saint-Laurent d’Agny, pour la famille Soubry (plans signés du 11 décembre 1742), le château d’Oullins (1747-1749) ; la maison de campagne de Merlino, sur la rive gauche de la Saône, près de l’Île-Barbe.
Comme on ne prête qu’aux riches, il est de règle, à Lyon, d’attribuer à Soufflot la réalisation de plusieurs demeures privées dans la région : la Jolivette, à Caluire ; La Rivette (vers 1740). Pour Pierre Poivre (1719-1786), ancien intendant des Îles de France et de Bourbon, il aurait dessiné les jardins et peut-être même la maison de plaisance de La Fréta, à Collonges-eu-Mont-d’Or (1758-1766).

Travaux pour l’archevêque et les communautés religieuses
Déçu dans ses ambitions politiques, le cardinal de Tencin se retire dans son diocèse en 1751. Depuis quelques années, il avait fait aménager et embellir par Soufflot le palais archiépiscopal, près de la cathédrale, ainsi que le château d’Oullins, sa maison de campagne, déjà mentionnée. À l’archevêché, l’architecte construit le corps de logis en fond de cour, ainsi que les deux portails à colonnes doriques au nord (1747). Il prévoit encore la transformation des salles sur la Saône, principalement le « grand salon de compagnie », réalisé après 1761 par Toussaint Loyer, mais dont le dessin lui revient sans doute comme le veut la tradition. Prenant la suite de Ferdinand Delamonce, occupé par les travaux du chœur de l’église Sainte-Croix, Soufflot dirige les travaux d’achèvement de l’église Saint-Bruno, de 1742 à 1750, notamment le décor intérieur (cadres des tableaux de Trémolières, etc.). Le baldaquin est exécuté sur les dessins de Servandoni revus par Soufflot (1742-1743).

L’architecte donne aussi les plans de la maison canoniale des chanoines réguliers de Saint-Augustin, dits génovéfains, près de l’église Saint-Irénée (1748). Une fois encore, les travaux seront dirigés par Loyer. Mentionnons, enfin, sans chercher l’exhaustivité, l’hospice de la Charité de Mâcon (1752) et des projets pour la cathédrale de Rennes (1754).

Soufflot entre Paris et Lyon
Nommé architecte du roi, le 6 janvier 1755, Soufflot est appelé à Paris où Marigny l’a fait désigner pour édifier l’église Sainte-Geneviève dont la construction accomplit le vœu de Louis XV envers la patronne de la ville. C’est le début d’une carrière de premier plan qui voit l’architecte lyonnais accéder aux places et aux honneurs : contrôleur des travaux de Paris (fin 1755), directeur des manufactures royales des Gobelins et de la Savonnerie (1756), chevalier de l’ordre royal Saint-Michel (1757), intendant général des Bâtiments du roi (1776). Parallèlement au grand chantier de l’église Sainte-Geneviève, Soufflot s’implique dans des projets d’urbanisme ou d’architecture pour Reims (1756) et Bordeaux (1758). À Paris même, il intervient à la cathédrale Notre-Dame, travaille au dégagement de la colonnade du Louvre, construit l’École de droit et donne les plans des résidences de son ami, le marquis de Marigny.
Pour autant, Soufflot ne se désintéresse pas de Lyon où il fait plusieurs séjours, appelés notamment par des affaires privées. L’architecte-promoteur détient des intérêts dans les grands entreprises urbaines ou industrielles locales : quartier Saint-Clair, quartier Perrache, canal de Givors, pont Morand. Il est consulté pour des projets qui touchent de près les autorités de la ville, telle la reconstruction du portique oriental de l’hôtel de ville, entre 1764 et 1766. Durant l’été 1773, il est dans nos murs pour un assez long séjour, comme l’atteste son assiduité aux séances de l’Académie où il présente les plans de Sainte-Geneviève. À l’occasion de ce séjour, le consulat le nomme contrôleur général des bâtiments et embellissements de la ville de Lyon (11 septembre 1773). Quelque honorifique qu’il soit, ce titre régularise une situation acquise et sanctionne le fait qu’on a pris l’habitude de se tourner vers Soufflot pour tout projet qui se fait jour entre Rhône et Saône. Son rôle d’expert auprès des Lyonnais est désormais officialisé. Il est amené ainsi à donner la distribution de l’aile de l’hôtel de ville qui prend jour sur la rue Lafont et sur la place de la Comédie, en vue d’y loger l’École de dessin, la Société d’agriculture et l’Académie dont la bibliothèque est rendue publique.
Missions officielles gratuites et bons offices intéressés se mêlent chez l’obligeant Soufflot. C’est, entre autres appuis, l’intervention de Soufflot auprès du ministre Bertin qui permet à Morand d’obtenir l’arrêt du Conseil d’État et les lettres patentes qui autorisent la construction du pont Saint-Clair, malgré l’opposition entêtée des recteurs de l’Hôtel-Dieu et les tracasseries de l’ingénieur en chef des Ponts et Chaussées. Il se range encore derrière Morand, architecte de l’archevêque et du chapitre primatial de Saint-Jean, quand celui-ci soumet ses projets d’alignement du quartier de l’Archevêché.
Tout en ne ménageant pas son soutien à l’ingénieur Antoine-Michel Perrache (1729-1779), dont le projet d’extension urbaine est approuvé par lettres patentes du 13 octobre 1771, Soufflot fait admettre son propre plan pour le nouveau quartier méridional. Le plan gravé que Joubert présente au consulat, le 30 décembre 1773, et qui a valeur officielle, montre les aménagements préconisés par le nouveau contrôleur général des bâtiments et embellissements de la ville de Lyon. C’est d’ailleurs ce plan qui sera joint aux contrats passés par la compagnie Perrache jusqu’au début du XIXe siècle. À la place circulaire que proposait Perrache, encore toute d’inspiration baroque avec ses perspectives rayonnantes, Soufflot substitue le damier orthogonal, gage d’une meilleure rentabilité foncière. Sans doute, est-ce sur les conseils de son mentor que Morand agira de même aux Brotteaux, là où l’ingénieur Lallié, lui aussi, dessinait la ville à la façon d’un parterre de jardin versaillais.
À Lyon, l’exemple de Soufflot a beaucoup contribué à l’émergence de la profession d’architecte, instituant un ordre officieux ou un corps qui trouve sa manifestation la plus tangible dans la liste des architectes donnée par l’almanach. Il y a, chez eux, la fierté d’appartenir à une profession libérale, par opposition au fonctionnaire qu’est l’ingénieur de la Généralité, et le souci de ne pas être confondus avec les entrepreneurs en bâtiments. Quelques-uns des architectes lyonnais lui sont redevables de leur carrière. Il avait fait venir de Paris, en 1747, le Normand Toussaint Loyer qui lui succéda sur plusieurs chantiers et qui, mieux que son maître, illustra à Lyon le courant néoclassique. À l’église Sainte-Geneviève, Soufflot s’attache les services du jeune Jean Rondelet (1743-1829), Lyonnais formé sur le chantier de l’Hôtel-Dieu ; il en fait son disciple et bientôt son héritier spirituel. Plus généralement, Soufflot soutient la vie artistique lyonnaise et intervient auprès de Marigny en faveur la création de l’école de dessin qui reçoit ses premiers élèves en 1757.

Le style de Soufflot
L’architecture de Soufflot, dans la période lyonnaise, relève encore de l’art baroque, un baroque généralement discret, sinon austère, celui de l’Hôtel-Dieu, par exemple, mais un baroque qui s’aventure parfois jusqu’à la rocaille honnie avec les maisons construites avant le milieu du siècle et, surtout, le décor de l’église Saint-Bruno des Chartreux. De cette inspiration baroque relève le goût des jeux scénographiques que montrent les portails jumeaux du palais archiépiscopal et les communs de l’hôtel Lacroix-Laval. À l’Hôtel-Dieu, son génie tend en vérité vers le « grand goût » louis-quatorzien, celui d’Hardouin-Mansart ou de Perrault. On a pu parler à propos de cet édifice de « baroque gelé ». Au tournant du siècle, et plus encore au lendemain du second voyage d’Italie, Soufflot emprunte au vocabulaire ornemental d’une « architecture à la grecque » sans, pour autant, se faire le zélateur du retour à l’antique que la postérité veut voir en lui. Dans le débat des Anciens et des Modernes, Soufflot se place résolument du côté des Modernes.
La période lyonnaise est marquée par une activité de conférencier où se manifestent très directement les préoccupations architecturales de Soufflot. Dans un mémoire sur l’architecture gothique, lu à l’académie de Lyon en 1739 et 1741, il se montre sensible à l’idéal de légèreté et de transparence qui caractérise la cathédrale médiévale. Le vestibule de l’Hôtel-Dieu où la voûte est soutenue par des colonnes pourrait déjà passer pour un hommage ; mais c’est à l’église Sainte-Geneviève que Soufflot assujettit véritablement l’utilisation de l’ordonnance classique au modèle gothique de clarté ; à Sainte-Geneviève où, innovation majeure, une forêt de colonnes soit libres soit adossées supportent la voûte au lieu du système baroque, associant piliers massifs et murs d’arcades, qui obstrue les perspectives.
Soufflot trouvait dans l’exemple des monuments anciens des encouragements à ses conceptions audacieuses, le dôme de l’église Sainte-Geneviève n’étant pas la moindre. À ce sujet, on conserve une lettre de l’architecte à Morand dans laquelle il prie son ancien collaborateur de lui envoyer le plan et la coupe de la coupole d’Ainay pour en étudier les poussées.
Soufflot, amateur d’art et collectionneur ; Soufflot, poète ; Soufflot, familier du salon de madame Geoffrin ; Soufflot, apprécié de Diderot ; Soufflot sur lequel il y aurait encore tant à dire, meurt à Paris, le 29 août 1780. Bien des angles morts restent à éclairer dans la vie de Soufflot. Il faudra montrer un jour, de façon précise, comment Lyon a favorisé la carrière et l’ascension parisienne de l’architecte. Il faudra identifier toutes ces « fées » lyonnaises qui se sont penchées sur le berceau de sa vocation, redire la bienveillance générale que le Bourguignon, malgré son éloignement, a constamment rencontré dans notre ville, et rappeler enfin telle amitié qui a accompagné sa dépouille jusqu’au caveau de l’ancienne église Sainte-Geneviève (avant son transfert dans la nouvelle basilique), en la personne de l’évêque de Saint-Brieuc, Hughes-François Régnauld de Bellescize, le propre frère de l’ancien prévôt des marchands de Lyon.

Gérard BRUYERE, Musée des Beaux-Arts de Lyon

Jacques Germain Soufflot et l’église de l’abbaye Sainte-Geneviève devenue le Panthéon

La reconstruction de l’église Sainte-Geneviève est due à Louis XV en 1744. Jacques Germain Soufflot est désigné comme architecte. La première pierre est posée par la Roi en 1764. Porteur du renouveau architectural et d’une recherche personnelle et expérimentale dans l’esprit du siècle des lumières, Jacques Germain Soufflot s’inspire largement de l’architecture Grecque par l’ordonnance, le vocabulaire ornemental et la maîtrise des ordres classiques.
Par l’exploitation du système des voûtes ou encore la légèreté des structures il retient des éléments inhérents au Gothique où l’apport de lumière a une place prépondérante. L’héritage grec étant omniprésent dans cette architecture néo-classique il est intéressant d’observer le fronton du Panthéon, dont les sculptures sont dues à David d’Angers et de comparer ces proportions à celle du Parthénon à Athènes.
Ce dernier s’inscrit, en effet, dans un triangle « doré » où le rapport de la longueur à la hauteur est égal au nombre d’or. Beauté et harmonie sont issus de ces relations harmonieuses, inventées par la nature et justement reconnues par l’homme. Phi, Nombre d’or, Section dorée, Divine proportion sont notamment les noms donnés à travers les ages à un rapport arithmétique qui n’est ni une mesure, ni une dimension mais bien le rapport de deux grandeurs homogènes. Ce rapport est de 1.618………. et ses décimales vont vers l’infini !

Jean-Antoine MORAND (1727-1794), élève de Soufflot

Architecte, urbaniste, peintre, né à Briançon il est le descendant d’une vieille famille de noblesse de robe originaire de la Bresse. Son père était avocat au bailliage et Premier consul de la ville de Briançon. En avril 1744, Morand vient à Lyon pour s’orienter vers la peinture et le dessin, puis à Paris où il devient l’élève du célèbre décorateur florentin Servandoni, membre de l’Académie française depuis 1731, Architecte du Roi, auteur de la façade de Saint-Sulpice. Il se distingue bientôt par un génie créateur, un coup d’œil sur, une exécution facile et un noble désintéressement.
Il revint à Lyon et devient l’élève et l’ami du grand Souffflot, qui en 1755 confia à Morand la direction de la construction du théâtre de Lyon, dont Soufflot fut l’architecte, mais dont Morand fut le décorateur et le machiniste. On y admirait surtout le rideau d’avant-scène ou il avait peint lui-même à la détrempe les noces d’Amphitrite.
Morand devient célèbre, et la ville de Lyon le nomme inspecteur du théâtre. Ce succès mit en relief son talent et en 1759, le jeune artiste fut appelé à Parme pour la construction et la décoration d’un théâtre à machines, à l’occasion du mariage de l’archiduc d’Autriche, celui qui fut empereur en 1765, sous le nom de Joseph II.
Il réussit au-delà de toute espérance et s’attira la jalousie des artistes italiens. De parme Morand se rendit à Rome où son talent s’assortit encore au contact de l’architecture antique. En 1760, il est rappelé à Lyon par Soufflot pour la construction du quai Saint-Clair, travaux décidés par la ville malgré de vives oppositions. Mais l’œuvre qui mit le sceau à sa célébrité fut son projet d’un plan général de la ville de Lyon et de son agrandissement en forme circulaire dans les terrains des Brotteaux et en 1771 il obtient l’accord du Roi pour la construction d’un pont de bois sur le Rhône à fin de desservir la future urbanisation de la plaine des Brotteaux.
Les travaux commencent en 1773 et l’inauguration du pont a lieu par le frère du Roi, futur Louis XVIII, le 5 septembre 1775. En 1776 commence la viabilisation du quartier des Brotteaux et Morand s’installe avec sa famille, dans un hôtel particulier « la paisible » qu’il fait édifié place du bassin, sur le lieu actuel du restaurant Orsi, aujourd’hui place Kleber. Cette bâtisse ayant été détruite, il ne reste de visible que ses caves. L’urbanisation des Brotteaux sera stoppée avec l’arrivée du siège de Lyon en 1793 qui va entraîner d’importantes destructions. Pendant le siège, Morand défendit son pont sur lequel d’ailleurs, il avait droit de péage, contre les machines employées par Dubois-Crancé pour le démolir. Nuit et jour, il veillait sur ce monument ainsi que sur la ville, mais il paya cher ce dévouement. Il mourut sur l’échafaud le 24 janvier 1794. Il laissait un fils, Antoine Morand de Jouffrey Procureur du Roi à Lyon, chevalier héréditaire d’empire et conseiller à la cour Royale de Lyon et un petit-fils, Aimé Jean-Jacques Morand de Jouffrey devenu procureur général à la cour de Douai et premier président à la cour Royale de Grenoble.
Antoine Morand de Jouffrey continuera l’œuvre de son père, soutenu par la suite par Henri Vitton, Maire de la Guillotière et la vie reprendra peu à peu aux Brotteaux. Jean-Antoine Morand créateur du quartier des Brotteaux. Le grand évènement qui donne réellement naissance aux Brotteaux est sans conteste l’oeuvre de l’Architecte urbaniste J-A Morand, collaborateur et amis du grand Soufflot. Il découle de la nécessité impérieuse de trouver un territoire d’expansion pour la ville de Lyon. Morand projette alors une véritable extension de celle-ci sur la rive gauche du Rhône, avec un plan général de la ville de Lyon et de son agrandissement en forme circulaire dans les terrains des Brotteaux. Le 4 janvier 1771, le Roi et son conseil d’état réuni à Versailles, lui accorde, ainsi qu’à sa compagnie, le droit de construire un pont en bois sur le Rhône, et de percevoir un péage durant 99 ans. Ce pont aura une longévité remarquable puisqu’il perdurera jusqu’en 1885.
Cette construction terminée, il restait à Morand à accomplir la seconde phase de son plan, l’urbanisation de la plaine des Brotteaux. L’inflexible ordonnance du plan en damier de l’Architecte Morand, régit depuis plus de deux siècles l’armature de ce quartier et l’individualise dans l’ensemble urbain Lyonnais. Car sans Morand les Brotteaux ne présenteraient pas ce beau plan régulier, avec ses voies rectilignes qui se coupent à angle droit, ni ses longues artères, ses cours ou ses places, devenues symboles de ce quartier qui allait devenir en 1867 le sixième arrondissement de la ville de Lyon.

François Morand de Jouffrey
Source « Morand et les Brotteaux », édition Lyonnaises d’art et d’histoire, Josette Barre et Paul Feuga.

Des médailles pour représenter l’œuvre de Soufflot

En représentant, entre autres, sur cette plaquette rendant hommage à Jacques Germain Soufflot la façade de la Loge du Change, Nicolas Salagnac fait entrer ce bâtiment dans la Numismatique lyonnaise. En effet, si les XIXe et XXe siècles ne furent pas avares de médailles commémorant la pose de première pierre ou l’inauguration de la plupart des édifices ou monuments, les XVIIe et XVIIIe n’en n’offrirent que trois : l’Hôtel de Ville (1646), la statue équestre de Louis XIV (1714) et la nouvelle Manécanterie à Saint-Jean (1768).
donné 1Parmi les œuvres de Soufflot, seuls la façade de l’Hôtel-Dieu ou le dôme, s’imposèrent sur de nombreuses médailles au XXe siècle. Ce n’est que justice puisque leur construction fut l’objet de l’attention de la Ville de Lyon qui accorda aux Recteurs de l’Hôtel-Dieu une aide pour « contribuer à la décoration de la façade extérieure du nouveau bâtiment… attendu que les premiers plans étaient trop simples par rapport à la situation de l’entrée de la ville et du premier coup d’œil de tous les étrangers qui y arrivent par le pont du Rhône ». De même, les Recteurs obtinrent une nouvelle et importante subvention pour élever le grand dôme « à la gloire de Dieu », puisqu’il renferme la chapelle, mais aussi « pour procurer aux pauvres blessés un air plus pur et pour faciliter leur guérison » comme le rappelle une plaque apposée à l’époque. Comme les édiles lyonnais l’avaient bien compris, l’Hôtel-Dieu, souvent associé au Pont de la Guillotière, devint l’édifice symbole de leur ville et, de ce fait, source d’inspiration pour de nombreux artistes chargés de graver une médaille. Pas moins de trente, frappées lors d’occasions les plus diverses, présentent l’œuvre de Soufflot au centre de leur composition. Si beaucoup se rattachent au monde médical ou hospitalier, d’autres concernent des événements très variés. On peut ainsi, à travers elles, suivre l’évolution artistique du XXe siècle.
donné 2En 1907, des Lyonnais désireux d’honorer le préfet Gabriel Alapetite, font appel à Auguste Patey, Prix de Rome de gravure en médaille en 1881 et Graveur général des Monnaies depuis 1896. C’est la perspective, évoquée par les échevins du XVIIIe siècle, qui est retenue pour figurer au revers de la plaquette offerte au préfet du Rhône qui part rejoindre Tunis comme Résident général de France en Tunisie. Comme à son habitude, Patey traite son sujet avec un relief aussi ténu que possible tout en veillant à lui conserver une très grande netteté. Une vingtaine d’années plus tard, le sculpteur et médailleur lyonnais Jean Chorel élargit la perspective en réunissant, de part et d’autre du pont de la Guillotière, le clocher de la Charité et le dôme de l’Hôtel-Dieu où chacun des professeurs Pollosson avait dirigé un service et dont il rappelait la mémoire. Alors qu’il rend avec précision les premières piles du pont, il choisit un modelé plus flou pour évoquer chacun ces hôpitaux. Les bâtiments semblent se perdre dans la brume qui monte du Rhône et ne sont plus évoqués que par leurs parties hautes. Il conserve ce style, tout en douceur, pour le grand dôme figurant au revers d’une plaquette offerte en 1933 au Président du Conseil général d’administration des Hospices civils de Lyon.
donné 3Pour le revers de la médaille à l’effigie du Docteur Lyonnet (1935), Albert Herbemont, propose, pour ce grand dôme, une tout autre représentation qui s’inscrit, discrètement mais résolument, dans le courant Arts Déco. Le sculpteur met en valeur les éléments verticaux qu’il installe dans une composition à la symétrie quasi parfaite que renforce encore le traitement des arbres, du quai et surtout du Rhône symbolisé par deux lignes ondulées. L’encadrement par un large bourrelet formant listel et l’absence d’arrière plan, réduit à des nuages à peine esquissés, contribuent aussi à mettre en valeur le chef d’œuvre lyonnais de Soufflot. Cette plaquette réalisée grâce au mécénat du Groupe EIFFAGE Construction Rhône répare enfin une lacune en rappelant que Soufflot n’est pas seulement l’architecte du Panthéon. Elle rappelle qu’il a marqué le paysage urbain de Lyon et qu’il a, toute sa vie, conservé des attaches avec la ville qui lui permit de manifester son talent.

Jean-Pol Donné, Président du Cercle Lyonnais de numismatique
Maurice et Auguste Pollosson par Jean Chorel (1875-1946) : Plaquette rectangulaire – 44 x 67,5 mm (Coll. Donné).

Graveur médailleur, au XXIème siécle.

Mon métier de graveur est l’un des plus anciens du monde. Toutefois, il connaît actuellement des heures difficiles. Seule la qualité redonnera son rayonnement à ce beau métier. Installé à Lyon où fut frappée, il y a plus de cinq cents ans, la première médaille française, je me bats pour que ce savoir-faire perdure et pour que la chaîne des graveurs qui relie hier à aujourd’hui ne s’interrompe pas. Devenu indépendant en 2003 et avec la féroce volonté de faire dans mon métier ce que les autres ne font plus, je persévère sur le chemin de la qualité et conquière ainsi des marchés de plus en plus prestigieux. Ma première commande officielle a été la création d’une nouvelle médaille pour la ville de Lyon.
Et dernièrement, j’ai créé et réalisé la médaille du Président de la République française, ainsi que la médaille d’honneur de la Villa Médicis qui cultive et fait rayonner avec prestige depuis 1805 cette fibre artistique du beau. Et je fais mienne la devise d’Emile Alain : «On ne fait rien de beau sans enthousiasme».
Merci au Groupe Eiffage Construction Rhône pour sa confiance. Vous avez contribué à faire connaître la qualité de mon travail.
Le seul axe possible dans ce métier, engluer par la froide rentabilité des hautes technologies, est d’apporter du sens, du métier, du savoir-faire… En clair des valeurs. La main de l’homme règne encore en maître sur la matière. Elle seule sait faire battre son cœur. Et le geste habile et précis donne ici la vie comme pour prolonger une âme, un esprit, une vision, une sensibilité, un mouvement que le poids du métal massif renvoi avec autant de force que de légèreté, dans le symbole comme dans la valeur artistique.

Nicolas Salagnac créateur de la médaille

Naissance de la médaille Soufflot

La première étape : est la mise au point d’une maquette dessinée. Mes deux pistes sont présentées, et le motif de la future médaille est choisi : l’Hôtel Dieu plein cadre droit et présent, le portrait de Soufflot, en arrière plan la Loge du Change et l’incontournable Panthéon. Sur la droite, des lignes et des courbes évoquent ici le nombre d’or, les tracés régulateurs qui soutendent l’architecture de cette période, c’est “le partage en moyenne et extrème raison”…
La deuxième étape : consiste à transposer le dessin en bas-relief, par une sculpture sur plâtre, trois fois plus grande que la médaille. La troisième étape : est la reproduction de cette sculpture sur la matrice en acier, grâce au tour à réduire, machine spécifique du graveur médailleur. L’aide de la machine est indispensable, mais la gravure à cet instant reste timide et peu expressive.
Le travail final se fait à la main avec des burins, onglettes, ciselets, mats, traçoirs, rifloirs… le tout suivi au microscope.
Cette étape de finition est primordiale, le graveur donne ici son “coup de patte”. En supprimant les traces de la machine, il redessine et souligne l’esprit du motif. Terminée, la matrice va permettre l’édition par frappe des futures médailles.

Orientations bibliographiques
Soufflot et l’architecture des Lumières, actes du colloque international du CNRS, organisé par l’institut d’histoire de l’art de l’université de Lyon II, Lyon, 18-22 juin 1980 (suppl. au n° 6-7 des Cahiers de la recherche architecturale, octobre 1980), 309 p., 238 fig.
Soufflot et son temps, catalogue de l’exposition du bicentenaire de la mort de l’architecte, Lyon, Musée des Beaux-Arts, 19 juin-27 juillet 1980, Paris, Hôtel de Sully, 9 octobre 1980-25 janvier 1981, Paris, CNMHS, 1980, 176 p., ill.
Institut d’histoire de l’art de l’université Lyon II, L’oeuvre de Soufflot à Lyon : études et documents, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1982, 431 p., ill.
Jean-Marie PEROUSE DE MONTCLOS, Jacques-Germain Soufflot, Paris, Monum, Éd. du Patrimoine, 2004, 142 p., 187 fig.

Œuvres et travaux de Soufflot

Bordeaux, 1758 – Hôtel de Ville théâtre, collèges (projets)
Genève, 1749 – Cathédrale (sollicité)
Lyon
Urbanisme
1749 – Quartier Saint-Clair (plans)
1772 – Porte et quai Saint-Clair
1773 – Place Louis XV (direction)
1776 – Conception d’un centre urbain
Architectures publiques
1739 – Hôtel-Dieu (plans), 1749 (élévation de la façade)
1748 – Loge du Change (plans)
1753 – Théâtre (plans), 1756 inauguration
1760 – Académie d’équitation (plans)
1766 – Portique de l’Hôtel de Ville (reconstruction)
1776 – Redistribution de l’Hôtel de Ville
Architectures pour le Clergé
1742 – Archevêché (transformation)
1742-44 – Saint-Bruno des Chartreux (Baldaquin, formes)
1762 – Nouvelle Manécanterie (consulté)
Architectures domestiques
1735 – Maison de Jean de La Croix-Laval, rue de la Charité
1740 – Maison de Blaise Denis, 7 rue Neuve
1740 – Jardin (et maison ?) de Jean-Baptiste Pirat, La Rivette
1742 – Jardin du Château-Bourbon à Saint-Laurent d’Agny
1744 – Maıson d’Allier de Hauteroche, 27, rue Puits Gaillot
1747-52 – Maison du cardinal de Tencin, Château d’Oullins (transformation)
1748 – Maison pour l’Hôtel-Dieu, place des Jésuites
1748 – Maison du Cerf blanc
1751 – Hôtel Parent
1751 – Maison Perrachon, 18, rue du Bât d’Argent
1759 – Premières maison du quai Saint-Clair
1759-60 ? – Maison de plaisance de Pierre Poivre, La Freta
1776 – Château Lacroix Laval
Macon, 1761 – Charité (plans)
Paris, 1753 – Plan d’une place Louis XV
1755 – Contrôleur des travaux de Paris
1756 – Directeur des manufactures royales des Gobelins et de la Savonnerie
1756-60 – Notre-Dame, Sacristie, trésor
1757 – Sainte-Geneviève (plans), 1764 – 1re pierre du dôme
1779 – Achèvement de la voûte du chœur
1759 – Dégagement de la colonnade du Louvre
1758 – Comédie française (plans)
1763-74 – Ecole de Droit
1767 – Hôtel de Marigny
1767 – Hôtel d’Evreux (Palais de l’Elysée)
1768 – Château de Mènars (Orangerie)
1775-76 – Pont-Neuf (travaux)
1775 – Château d’eau de l’Arbre Sec (reconstruction)
Rennes, 1754 – Cathédrale (plans) d’après Gilbert Gardes, écrivain-photographe, historien de l’art, C.N.R.S.
PATRIMOINE EVOQUE SUR LA MEDAILLE
– L’Hôtel Dieu – Lyon
– La Loge du Change – Lyon
– L’église Sainte Geneviève – Le Panthéon – Paris
– Portrait de Jacques Germain Soufflot d’après une peinture de VAN LOO Louis Michel
– Une évoquation du “partage en moyenne et extrème raison”…

Remerciements
Michel Chenevat, directeur régional Eiffage Construction Centre Est et Dominique GAUDIN, directeur Eiffage Construction Rhône pour leur soutien.
Arab HASSAOUI et Thierry MONNIER, directeurs développement et commercial d’Eiffage Construction Rhône.
Gérard BRUYERE, Musée des Beaux-Arts de Lyon ; Gilbert GARDES, écrivain-photographe, historien de l’art, C.N.R.S. ; Paul FEUGA de l’Académie des Sciences, Belles-lettres et Arts de Lyon ; François MORAND DE JOUFFREY ; Jean-Pol DONNE, Président du Cercle lyonnais de numismatique pour leurs participations aux textes de ce livret.
Aux artisans qui ont contribué au bon déroulement de cette création. La société FIA, éditeur de la médaille.
Pour les documents et iconographies :
Les Archives Municipales de Lyon, le Musée des Beaux-Arts de Lyon.

“L’édition de tête” de la médaille Jacques Germain Soufflot, est limitée à soixante exemplaires numérotés de 001 à 60, médailles en bronze doré. De plus, il a été frappé quatre exemplaires de cette médaille en épreuve d’artiste numérotés EA 1/4 à EA 4/4.
La création, le dessin et la gravure de la matrice ont été réalisés par Nicolas Salagnac, Meilleur Ouvrier de France – 2000. La frappe a été exécutée sur les presses de la société FIA, en décembre 2008.
Cette édition a bénéficié du soutien d’Eiffage Construction Rhône.