Nicolas Salagnac

Les Musées Gadagne – rencontre avec un artisan d’art

Samedi 19 Janvier 2013 à 14h et à 16 h, deux moments de présentation du métier de graveur médailleur aux Musées Gadagne – Lyon, dans le cadre de l’exposition « Lyon au 18ème, un siècle surprenant » et les RENCONTRES MÉTIERS D’ART

Nicolas Salagnac, graveur médailleur lyonnais, Meilleur Ouvrier de France présente son métier : son parcours ; les grandes lignes de l’histoire lyonnaise sur l’art de la médaille ; ses créations à commencer par la médaille officielle de la ville de Lyon, il montre ses étapes de travail et de création de cette médaille ; puis pour finir quelques créations en médaille sur la des thématiques liées à la ville de Lyon.

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Je remercie Madame Privat-Savigny, directrice des Musées Gadagne et son équipe pour leur sollicitation et leur accueil.

Mes sources :
Issue de lʼexposition « Lyon, une histoire de médaille », François Planet, Conservateur du Médaillier de Lyon et Jean-Pol Donné, Président du Cercle Lyonnais de Numismatique
« Histoire de la médaille. » Département des Monnaies Médailles et Antiques, par Michel Pastoureau

Depuis toujours, lʼhomme cherche à laisser des marques de son histoire et de ses choix. Ces « entailles » qui marquent les grandes étapes de lʼhumanité ont été exécutées de sa main. Cette main qui prolonge la pensée et qui projette lʼhomme vers son avenir.
Je suis fier de vivre à Lyon et de faire partie de cette citée au patrimoine numismatique riche et complet :
– Il y a plus de 2000 ans, Lugdunum frappait des monnaies pour lʼEmpire romain.
– Il y a plus de 500 ans, la première médaille française est frappée à Lyon pour le passage de Louis XII et Anne de Bretagne
– A partir de 1416 et pendant 400 ans, un Hôtel des Monnaies éditera monnaies et médailles à Lyon, en presquʼIle.
– De 1830 à nos jours, les Penin et Augis, ont développé vers des sommets lʼart de la médaille.

Histoire de la médaille
Avant lʼarrivée de la médaille, il y a les Monnaies. Notables et lettrés les réunissaient dans de somptueux médailliers ou cabinet. Au-delà de leur valeur artistique incontestable, elles étaient destinées aux échanges commerciaux : les cités grecques, les empereurs romains ou les rois de France affirmaient leur puissance sur ces morceaux de métal précieux. Frappées à leurs effigies, ils en garantissaient ainsi la bonne qualité métallique et le bon poids.
Par la suite, les médailles ont principalement servi à valoriser leur commanditaire. Nées du besoin des princes de la Renaissance de se magnifier, elles étaient produites en toutes circonstances, rappelant ainsi les événements marquants de notre histoire moderne. Cette pratique ne se limita pas à la France, on frappa des médailles dans toute lʼEurope.

 Pisanello

Pisanello, Jean VIII Paléologue, Rome, vers 1439.© Nicolas Salagnac. Musée des Beaux-Arts de Lyon

Cʼest en 1390 que furent réalisées les premières médailles dont lʼesprit rappellera les plus grandes monnaies de lʼEmpire romain. La médaille se développera véritablement pendant la renaissance du Quattrocento avec Antonio Pisano dit Pisanello qui créera lʼart de la médaille.
Pisanello définit avec éclat une nouvelle forme dʼexpression artistique : lʼutilisation dʼun disque de métal épais, dʼun diamètre compris entre 50 et 100 mm portant une empreinte sur chacune faces.
Lʼavers, présente une effigie réaliste, au relief accentué. Le revers accueille, lui, une composition allégorique, le plus souvent complétée par un emblème et une sentence qui précisent ou éclairent le portrait.
La position stratégique de la ville de Lyon en France pendant les guerres dʼItalie, ainsi que la présence dʼune très importante colonie florentine, y favorisèrent la création de médailles. Le Roi Charles VIII et à son épouse, Anne de Bretagne, lors de leur entrée dans la ville en 1494.

En effet, et en dépit des apparences, la médaille nʼest pas simplement une sculpture en réduction car le médailleur doit dominer les contraintes liées, bien sûr, aux dimensions réduites de ses œuvres, mais surtout, à celles de leur multiplication par frappe ou fonte.
Les médailleurs mettent leur talent au service de la création de ces petits monuments métalliques destinés à perpétuer le souvenir dʼun personnage ou dʼun évènement.
Pour les commandes officielles, la composition de la médaille, le style de lʼartiste et même la forme – ronde, carrée ou rectangulaire – doivent toutefois contribuer à la transmission dʼun message.

LʼArt de la médaille au XVIIIème siècle :
La période du XVIIIème siècle nʼest pas la période la plus intéressante pour lʼart de la médaille (petit extrait de « Histoire de la médaille » par Michel Pastoureau) :
… « Passé lʼère des mutations techniques, la médaille reçut dans la seconde moitié du XVIIe siècle une destination nouvelle qui, dans une large mesure, contribua à son déclin. Jusquʼà lʼépoque de Louis XIV, en effet, la gravure de médailles était un art libre, tant dans son inspiration que dans sa réalisation. Chaque artiste avait pleine liberté pour créer les pièces de son choix, et nʼimporte quel individu pouvait faire graver son portrait dans le métal. Il nʼen fut plus de même sous le règne du Roi-Soleil,
qui fut le premier à utiliser à grande échelle la médaille comme un outil de propagande. Elle devint un art officiel, destiné à faire auprès des générations contemporaines comme de celles à venir, lʼapologie de la personne et de la politique royales “ …

Jean-Baptiste Nini, cas particulier pour l’Art de la médaille au XVIIIème : graveur et sculpteur italien né à Urbino en 1717 et mort en 1786, qui inventa et perfectionna un matériau et une technique très originaux pour la réalisation de portraits en médaillon en terre cuite qui firent lʼadmiration de ses contemporains.

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1777, Portrait de Benjamin Franklin en bonnet de fourrure terre-cuite, Château de Chaumont-sur-Loire


Naissance de la médaille à Lyon
La première médaille française est lyonnaise.
La médaille est une invention de la Renaissance italienne du milieu du Quattrocento (début de la Renaissance Italienne).
Mais, cʼest à Lyon que fut coulée la première médaille française, au tout début du XVe siècle. De retour dʼItalie en mars 1500, Louis XII et sa femme, Anne de Bretagne, sont de passage à Lyon. La ville, désireuse de les honorer par un présent prestigieux et surtout “à la mode”, commande alors à des artistes lyonnais une belle médaille de bronze à leur effigie.
Cette première médaille lyonnaise est tellement réussie, tellement spectaculaire, que bon nombre de personnages célèbres voudront ensuite leur médaille qui rappellera leurs hauts faits ou leurs actions marquantes.
Dans une telle logique, il est naturel de retrouver la trace des principaux événements qui ont marqué lʼhistoire de Lyon aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles.

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1499, Entrée de Louis XII et Anne de Bretagne dans la ville de Lyon. Graveurs : Nicolas Leclerc, Jean de Saint Priest et Jean Lepère. Diamètre 110 mm – Fonte de bronze. © Nicolas Salagnac. Musée des Beaux-Arts de Lyon

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Vers 1650, Gaspard de Moncony, seigneur de Liergues. Prévot des marchands de Lyon (1651-1653). Conseiller du roi en ses conseils dʼEtat. Graveur : Claude Warin. Diamètre 105mm – fonte de bronze. © Nicolas Salagnac. Musée des Beaux-Arts de Lyon

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Vers 1650, André de Boissac. Lieutenant général des armées du roi. Il a fait ouvrir la rue qui porte son nom et qui donne sur la place Bellecour. Graveur : Claude Warin. Diamètre 105mm, fonte de bronze.
© Nicolas Salagnac. Musée des Beaux-Arts de Lyon

Statue équestre de Louis XIV, place Bellecour à Lyon.
De “Louis Legrand au Chef-d’oeuvre de Lemot sculpteur lyonnais”. Dés le début du XVIIIe siécle, la statue équestre de Louis XIV devint un emblème de Lyon.

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1714, Lors de lʼinauguration de la statue de Desjardin, la ville commanda une médaille. La Monnaie de Paris, qui avait le privilège de leur fabrication, en confia lʼexécution à un jeune et talentueux artiste liégeois : Jean Duvivier (1687-1761). Celui-ci réalisa ainsi lʼune des premières des 600 œuvres frappées à Paris. Il reçut de la Ville, la somme de 1200 Livres. Graveurs : Jean Duvivier (pour la face avec la statue) & Pierre Delahaye (pour lʼeffigie du roi). Médaille frappée en bronze – Diamètre 73mm. © Nicolas Salagnac. Musée des Beaux-Arts de Lyon

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1792, Après la destruction de la statue de Louis XIV, quelques fragments reçurent lʼempreinte de la matrice dʼune médaille populaire célébrant la chute
de la monarchie. On y distingue sur ce fragment, une fleur de lis brisée et la date 1792. Graveur inconnu. © Nicolas Salagnac. Musée des Beaux-Arts de Lyon

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1825, André Galle reçut la commande de lʼune des médailles officielles de lʼinauguration de la statue de louis XIV par Lemot. Graveur : André Galle. Médaille frappée en or, argent et bronze. – Diamètre 50mm. © Nicolas Salagnac. Musée des Beaux-Arts de Lyon

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1848, Le Révolution de 1848 vit lʼexplosion de la médaille populaire de propagande et aussi… à destination des collectionneurs. Lyon en connut plus dʼune centaine. La discussion sur le sort à réserver à la statue de Louis XIV par Lemot est illustrée par cette plaquette. Graveur anonyme. Plaquette frappée en étain – Dimension 56 x 56mm. © Nicolas Salagnac. Musée des Beaux-Arts de Lyon

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2002 Médaille créée et gravée pour la mairie du 2ème arrondissement de Lyon. Elle reprend les symboles forts du quartier : Louis XIV et le confluent marquant ainsi la presquʼîle. Graveur créateur : Nicolas Salagnac. Médaille frappée en argent, en bronze et en pied fort Diamètre 73mm. © Nicolas Salagnac.

Et une fausse rumeur court toujours, sur les étriers et le dit suicide de Lemot qui pourtant est mort de sa belle mort à Clisson près de Nantes.

Un lion dans tous ses états
Lʼutilisation dʼun lion pour incarner la ville de Lyon ne remonte quʼà la fin du Moyen-Age. Le cri de guerre : AVANT ! AVANT ! LION LE MELHOR ! est attesté dès 1273. Le sceau le plus ancien présentant les armoiries de Lyon remonte à 1490.
De très nombreuses médailles ont présenté des armoiries, plus ou moins fantaisistes. Beaucoup portent aussi lʼanimal symbole de la ville. Le lion peut marcher, se dresser ou se réduire à un mufle. Les graveurs du XXe siècle, sans doute plus libres dans leurs choix, ont multiplié ces représentations du lion.

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Créer vers 1920 (celle-ci date de 1932) Devant la façade de la mairie, la ville de Lyon, personnifiée par une femme drapée à lʼAntique, assise, la tête ceinte dʼune couronne murale pose la main gauche sur un lion, tandis que la droite sʼappuie sur le blason de Lyon. A lʼexergue, LUGDUNUM. Ainsi sur un espace restreint, Adolphe Penin a multiplié les symboles de la ville. Graveur : Adolphe Penin. Médaille en argent frappée – Diamètre 50mm. © Nicolas Salagnac. Collection particulière.

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1945, Pour sa médaille ville de Lyon, Marcel Renard (sculpteur et graveur Lyonnais 1893 – 1974), a aussi réuni de nombreux symboles : au droit, la ville de face, entre la Saône et le Rhône, au dessus dʼun lion couché. Au revers, “AVANT AVANT LION LE MEILHOR” entourant un lion héraldique tenant une épée, de part et dʼautre : les clés de la ville. Médaille en bronze frappée – Diamètre 68 & 50mm. © Nicolas Salagnac. Musée des Beaux-Arts de Lyon

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1952, Marcel Renard réalisa deux effigies dʼEdouard Herriot : une plaquette, en 1930, pour les 25 ans de mandat municipal, et la médaille de ses 80 ans. Au revers de cette dernière, lʼHôtel de Ville de Lyon rappelle quʼil en était alors le maire depuis 1905. Graveur : Marcel Renard. Médaille de bronze frappée. Diamètre 80 mm. © Nicolas Salagnac. Musée des Beaux-Arts de Lyon

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1960, Dès la fin des années cinquante, le cri de guerre des lyonnais a été repris par la Maison Augis qui lʼa complété par divers lions Héraldiques. Les abeilles symbolisent la ville industrieuse. Cette médaille a été dessinée par RAVEL. Elle a été déclinée sous plusieurs formes pour des organismes ou des sociétés différentes. Dessinateur : RAVEL – Editeur Augis. Graveur (probable) : Daniel Simonet. Médaille en bronze frappée – Diamètre 50mm. © Nicolas Salagnac. Collection particulière.

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1996, Surgissant de la basilique, symbole du centenaire de Fourvière (logo réalisé par Florent Garnier), un buste de lion héraldique. Ainsi, cet Euro répond au souhait de la Commission de Fourvière dʼévoquer “les liens séculaires unissant Fourvière à la ville tout entière”. Dessin : Gisèle SIMON – Graveur : Nicolas Salagnac. Jeton-monnaie dʼor, dʼargent et de laiton frappé. Diamètre 30mm – Trois revers – Editeur FIA. © Nicolas Salagnac. Collection particulière.

Médaille officielle de la Ville de Lyon. Cette médaille est exposée au médaillier des Beaux-Arts de Lyon, dans le cadre de l’exposition : « l’Art au creux de la main. » En savoir plus : lien.
Le 29 novembre 2006, la nouvelle médaille de la ville de Lyon devient la médaille officielle de la ville. Créée et gravée par Nicolas Salagnac, graveur médailleur et Meilleur Ouvrier de France. Les médailles sont éditées par la Monnaie de Paris.
La matrice de face : Un hublot sur la ville depuis le beffroi de lʼHôtel de ville, face à lʼOpéra.

Voir les détails de cette création : lien.

Et pour finir cet exposé, présentation des médailles faites sur des thématiques liées à la ville de Lyon.
Voir l’article sur ces médailles : lien.

Et cette création inspirée de la sculpture de Le Bernin : « l’Enlèvement de Proserpine ». Lien