Nicolas Salagnac

Nicolas SALAGNAC, médailleur d’excellence

Article sur Numismag – merci Fabrice Roland. Juin 20, 2017 par

NUMISMAG a interviewé un des rares graveurs français qui s’inscrit dans la tradition des graveurs médailleurs tels que CHAPLAIN, DROPSY, ROTY, etc. Il s’agit de Nicolas SALAGNAC.
Ancien élève de l’école BOULLE (1985-1990), Nicolas SALAGNAC est graveur médailleur, Meilleur Ouvrier de France en 2000 et installé à son compte depuis 2003 à Lyon où fût frappée la première médaille française pour le passage de Louis XII et Anne de Bretagne, il y a plus de 500 ans.
Il a d’abord été chef d’atelier chez le médailliste français FIA. Il travaille maintenant pour des clients institutionnels et des entreprises « grands comptes ».

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NUMISMAG : Monsieur SALAGNAC, merci d’avoir bien voulu répondre à nos questions. Comment vous est venue cette vocation de médailleur (NDLR : graveur de médailles) ?

Nicolas SALAGNAC : En fait, dés mon plus jeune âge, mon grand père ébéniste m’avait incité à exercer un métier manuel, comme lui. Cette idée m’a plu et adolescent, je postule et entre à dans la fameuse école BOULLE. Celle-ci dispensait une formation de graveur d’art sur métaux. Cette filière m’intéresse, et je rencontre monsieur MIGNOT, mon professeur d’atelier et mon maître, qui a su développer chez moi le goût pour la gravure d’art.

 NUMISMAG : Quel a été votre parcours professionnel ensuite ?

Nicolas SALAGNAC : J’ai été embauché par des patrons sur Paris, puis à Lyon par la société FIA, comme chef d’atelier. J’ai travaillé en collaboration avec l’équipe de gravure à quelques 5 000 matrices face et revers et à la réalisation de quelques pièces « euros des villes ». J’y suis resté 9 ans.

En 2000, je réussi le concours un des Meilleurs Ouvriers de France (MOF) dans mon métier. Le sujet imposé était la gravure d’une médaille d’après un dessin d’Elisabeth VIGEE LEBRUN (portrait de jeune fille). Cette artiste est la célèbre peintre de Marie-Antoinette, peintre portraitiste de la cour, qui officie au 18ème et 19ème siècle dans toute l’Europe.

NUMISMAG : Vos sources d’inspiration sont plutôt les classiques ?

NICOLAS SALAGNAC : Oui, mais par classique, je parlerai plutôt de racines qui m’inspirent. Depuis les sceaux Summeriens en passant par les monnaies d’Evenet, les Antiques, les Celtes, la Renaissance, l’art nouveau, les Grands Prix de Rome… bref autant de sources pour créer mes médailles, des médailles d’aujourd’hui, porteuses de sens avec un besoin et une recherche esthétique, qualitative et une bonne place du travail main…

NUMISMAG : Quelles sont vos réalisations les plus marquantes ?

Nicolas SALAGNAC : Il y en a un certain nombre. Cependant ma première médailles officielle est pour la ville de Lyon 2006, les médailles de la Présidence de la République française 2008, de la Présidence du Sénat 2013, pour l’ONU pour le CISH 2015 ou encore la médaille « portrait de jeune fille » du concours MOF sont de belles références dont je suis fier.


Médaille officielle du Président de la République française Nicolas Sarkozy
2008 Edition Arthus-Bertrand.

Médaille officielle de la Villa Médicis, Académie de France à Rome,
pour son directeur de l’époque Frédéric Mitterrand
2008 Edition Pichard-Balme

 NUMISMAG : Vous réalisez aussi des études et des recherches personnelles.

Nicolas SALAGNAC : je réponds principalement à des commandes et je m’accorde entre deux commandes, un peu de temps pour étudier, rechercher et apprendre des anciens… C’est mon petit Prix de Rome à moi… De 2008 à 2010 j’ai travaillé sur la mise au point d’un bas relief inspirée d’un détail de «L’enlèvement de Proserpine » de LE BERNIN. Tout ce temps pour mettre au point et d’approfondir ce détail, ces deux mains enlaçant PROSERPINE, tout en contraste avec le caractère sensuel général de la scène.

En 2015, la suite avec le Baiser de Rodin, 5 ans de travail (quand j’avais 5 mn…).

Bas relief inspirée d’un détail de «L’enlèvement de Proserpine » de LE BERNIN

Visite-privée de SAR la princesse de Hanovre Caroline à Monaco – © Palais de Monaco-Charles Franch

 

NUMISMAG : De manière générale, qui sont vos clients ?

Nicolas SALAGNAC : Essentiellement des institutions publiques telles que la Présidence de la République française (une fois, j’espère avoir d’autres occasions), la Présidence du Sénat ou la Gendarmerie Royale du MAROC, la Villa Médicis, Académie de France à Rome et des collectivités territoriales. J’ai également des entreprises « grands comptes » parmi mes clients.

Médaille officielle du Président du Sénat 2013 Edition Monnaie de Paris (sur concours)

 

 

NUMISMAG : Vous n’avez jamais travaillé pour la Monnaie de Paris ?

Nicolas SALAGNAC : Jamais en direct, mais c’est le Monnaie de Paris qui édite ma première médaille création pour la ville de Lyon 2006 et puis j’ai gagné quelques concours avec des médailles frappées par la Monnaie de Paris.

Je ne suis que graveur, pas éditeur alors je suis preneur de création pour de nouvelles médailles et monnaies.

NUMISMAG : Quelle vision avez-vous de l’avenir de la médaille?

Nicolas SALAGNAC : depuis la nuit des temps, l’Homme a toujours chercher à laisser des traces de son passage… La gravure est un moyen pérenne pour marquer l’histoire avec des monnaies, des médailles. Dans ce temps long, forcement l’art de la médaille a donc beaucoup évolué… Impliquer dans mon métier pour le faire connaître, faire des démonstrations, en France et dans le monde avec la FIDEM (Fédération Internationale des Médailles d’art, depuis 1936, dont je suis le délégué adjoint pour la France), nous sommes plusieurs à constater un intérêt réduit pour la médaille. Les créations artistiques et la facilité des techniques de cire perdue ouvrent la porte de l’art de la médaille à des artistes, des sculptures qui ne sont pas forcement graveur médailleurs.

Du 7 au 11 septembre 2016, dans le cadre du vernissage de l’exposition internationale de la FIDEM (Fédération Internationale de la Médaille d’Art depuis 1936) à Gand en Belgique, je rencontre Sir Marc Ellis Powell Jones directeur du Bristish Museum. J’étais devant la vitrine des médailles française… il me dit « c’est ça la vitrine des médailles françaises ? C’est plus ce que c’était… »

Certes aujourd’hui, sur les établis, plus d’échoppes, de riffloirs, de ciselets, de burins, de marteaux… mais des souris et des claviers… De plus en plus de médailles sont réalisées par des graphistes, sur des logiciels en 2D avec ajout de relief, c’est nouveau et plus rapide. La main de l’homme intervient de moins en moins. Les rendus sont trop souvent raides, le bas-relief est simplifié et donc peu attrayant. Il faut accompagner l’évolution, mais, le travail à la main n’est pas remplacé, encore faut il savoir le faire.

NUMISMAG : Comment réagir face à cette évolution?

Nicolas SALAGNAC : Rien ne sert de s’apitoyer, il faut agir. Deux axes me semblent important, garder et pratiquer le savoir-faire et puis le transmettre à la jeune génération. Je suis également enseignant et cela me permet donc d’assurer auprès de mes élèves cette transmission du savoir artistique et technique.

Au-delà, il faudrait redonner au public, numismate ou non, le goût de l’art de la médaille. Il faut montrer nos métiers. Réunir les graveurs, les écoles de formations et les élèves pour valoriser ces métiers d’art des métiers de la gravure… L’art du timbre vit les mêmes évolutions.

Les graveurs doivent sortir un peu de leur atelier, participer à l’élaboration d’article, il faudrait pourvoir montrer ce qui a été fait. Je rêverai de voir les travaux de nos Grands Prix de Rome en gravure, mais c’est un parcours du combattant…
Il n’y a plus d’Académicien graveur médailleur à l’Académie des Beaux-arts de France, depuis Raymond Corbin.

NUMISMAG : Dernière question, Monsieur SALAGNAC, êtes vous numismate?

Nicolas SALAGNAC : à Lyon, je suis très proche du Cercle Lyonnais de Numismatique, mais un peu de loin faute de temps. Le médaillier du Musée des Beaux-Arts de Lyon et François Planet, son conservateur, sont des sources d’inspirations intarissables pour moi. Je collectionne quelques pièces du XVI et XVIIème siècles à l’occasion, ainsi que des poinçons, des matrices anciennes. Les médailles et monnaies anciennes sont avant tout une source d’inspiration pour un drapé, un visage, une attitude pour mes créations…, plus qu’un objet de collection.


© Michèle Wolff, MOF

Source : NUMISMAG.