Nicolas Salagnac

Médaille Lugdunum, la Table Claudienne à la confluence de l’Histoire et de Lyon, 2004

Médaille Lugdunum, la Table Claudienne à la confluence de l’Histoire et de Lyon, 2004

Médaille Lugdunum, la Table Claudienne à la confluence de l’Histoire et de Lyon, 2004

Médaille sur le thème de la ville de Lyon 1/3. Lugdunum, la Table Claudienne à la confluence de l’Histoire et de Lyon.

Éditions Scriptoria

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Médaille sur le thème de la ville de Lyon 1/3.
Lugdunum, la Table Claudienne à la confluence de l’Histoire et de Lyon.
Cette création évoque la période qui a vu naître Lugdunum. Par la Table Claudienne les Lyonnais remerciaient l’Empereur Claude, naît à Lyon, pour avoir fait voter une lois au Senat Romain afin de permettre aux  » tributs Chevelus », c’est à dire nous les Gaulois de devenir citoyens de Rome et la possibilité de gouverner eux-même la Gaule. Le lieu de réunion se faisait à l’autel des Trois Gaules, à Lugdunum capitale des Gaules, situé vers le bas des pentes de la Croix-Rousse.

LA TABLE CLAUDIENNE A LA CONFLUENCE DE L’HISTOIRE ET DE LYON
Editions Scriptoria, 2003

La lumière que reflètent nos fleuves pourra-t-elle éclairer l’esprit des hommes durant cette année 2004 ?
Liberté, laïcité, solidarité, resteront-ils les mots forts des douze prochains mois ?
Conservons ces hautes valeurs de la république, peut-être comme thème renouvelé de notre engagement personnel, pour que l’égalité et la fraternité reprennent le sens profond qui leur est dû.
R.G.

Note de l’éditeur

Cet objet et le livret qui l’accompagne n’auraient sans doute jamais vu le jour sans le soutien de la SAEC et de ses dirigeants, il est aussi le fruit de la collaboration et de l’investissement personnel de Nicolas Salagnac graveur médailleur, meilleur ouvrier de France qui a su s’engager dans ce projet avec tout son savoir faire et sa créativité, mais aussi des auteurs des différents textes et de l’éditeur qui espère avoir su réunir avec harmonie le savoir faire et la passion de chacun pour vous proposer aujourd’hui un objet fidèle au patrimoine qui a servi d’inspiration. Puisse cet objet mettre en lumière par le beau les valeurs que ce patrimoine nous a transmises et qui sont les fondations de Lyon et des Lyonnais.

Au début de cette aventure, il y a aussi un lyonnais qui me suggéra de réaliser un objet mettant en valeur la (ou les) Table(s) Claudienne(s) et soulignant son importance dans l’histoire de notre cité, Nicolas Salagnac a su relever ce défi plaçant l’évocation de cette « table » de bronze au plus prés du lieu de sa découverte, aux environs de l’autel des trois gaules lieu probable de sa destination à l’époque gallo-romaine et dominant la ville et la confluence symbolique de ses deux fleuves sous le regard visionnaire de l’empereur Claude.

L’éditeur, Décembre 2003

La Table Claudienne

« Ung nomme Roland Gribaud, habitant de cette ville de Lyon faisant myner une scyenne vigne en la couste St Sébastien a treuve deux grandes tables d’areyn ou cuivre antiques et toutes escriptes » : c’est en ces termes que les actes consulaires rapportent la découverte sur les pentes de la Croix-Rousse, en 1528, de la Table Claudienne, l’inscription romaine la plus célèbre de Lyon. Dans le paysage urbain d’aujourd’hui, l’endroit est situé non loin du chevet de l’église Saint-Polycarpe.
L’objet se présente comme une grande plaque de bronze incomplète, brisée en deux, mesurant 1,93 m de large et 1,39 m de hauteur maximum, épaisse de près d’un centimètre, et pesant 222 kg. Toute la partie supérieure a disparu, ne laissant subsister que 40 lignes de l’inscription originale disposée en deux colonnes. Les caractères eux-mêmes, d’une très grande qualité typographique, ont été gravés manuellement un par un dans le bronze. La surface qui présente une très belle patine, était jadis recouverte d’une dorure dont les traces se voyaient encore au XIXe siècle.
Remarquable par sa taille et la beauté de ses lettres, la Table l’est encore plus par la nature du texte qu’elle supporte : il s’agit de la retranscription d’un discours que l’empereur Claude, né à Lyon en 10 avant J.-C., prononça en faveur des Gaulois devant le sénat de Rome, en 48 de notre ère. La chance a voulu que l’historien Tacite rapporte à sa manière dans ses Annales (XI, 23) ce même discours et éclaire les circonstances de cette intervention.
« Sous le consulat de Vitellius et de Vipstanus, comme il était question de compléter le sénat et que les notables de la Gaule appelée Chevelue depuis longtemps bénéficiaires de traités et de la citoyenneté romaine, réclamaient le droit de parvenir aux honneurs dans la Ville, la question fit grand bruit en tout sens ». En août 48, les notables des trois provinces qui composaient la Gaule Chevelue (c’est à dire couverte de forêts), la partie nord de la Gaule conquise par César près d’un siècle auparavant, demandent donc officiellement l’octroi des droits politiques qui leur permettraient d’entrer au sénat et d’accéder aux grandes charges sénatoriales de l’Empire. A cette époque, il n’existait aucune unité dans les droits et les statuts des hommes libres de la Gaule : tout dépendait du lieu de naissance, de la carrière et des chances individuelles de chacun. Ainsi, ces mêmes Gaulois étaient déjà citoyens romains, mais ils avaient été « naturalisés » à titre personnel, eux ou leurs grands-parents. Ils ne possédaient qu’une « citoyenneté incomplète », à la différence des hommes libres habitant les colonies romaines comme Lyon, fondées à l’origine par des vétérans de l’armée romaine et qui jouissaient d’un droit de cité complet, égal à celui des citoyens de Rome.

Tacite rapporte les réactions, qu’on qualifierait aujourd’hui de xénophobes, que rencontra la requête des Gaulois. « Cette demande excita de vives discussions et fut débattue avec chaleur devant le prince (…) Ils allaient tout envahir ces richards, dont les aïeux à la tête des nations ennemies, avaient massacré nos légions ! (…) Qu’ils jouissent du titre de citoyens soit, mais que les insignes sénatoriaux, les ornements des magistratures ne soient pas prostitués. Ces propos et d’autres semblables n’ébranlèrent pas le prince, qui les réfuta aussitôt et qui, ayant convoqué le sénat commença ainsi ».
Les grandes lignes de l’argumentation de Claude sont connues, malgré les lacunes de l’inscription. Rappelant les nombreux changements de régimes politiques que Rome a traversés, Claude mentionne l’origine non romaine de sa propre famille. Il insiste sur le fait que déjà des « étrangers » d’Hispanie ou de Narbonnaise (la partie sud de la Gaule conquise dès 118 avant J.-C.) ont été intégrés dans le sénat, citant notamment l’exemple de la colonie de Vienne. C’est seulement vers la fin qu’il aborde le vif du sujet, s’exhortant lui-même à poursuivre : « Allons ! Tibère César Germanicus, il est temps de faire connaître aux Pères conscrits où tend ton discours, car déjà te voici arrivé aux extrêmes limites de la Gaule Narbonnaise ». Il insiste enfin sur la loyauté des Gaulois « C’est, il est vrai, avec hésitation, Pères conscrits, que je franchis les limites des provinces qui vous sont connues et familières ; mais le moment est venu de plaider ouvertement la cause de la Gaule Chevelue. Si dans cette cause quelqu’un objecte que la Gaule a pendant dix ans soutenu la guerre contre le divin Jules, qu’il oppose donc aussi cent années d’une fidélité invariable et d’un dévouement constant dans un grand nombre de circonstances critiques où nous nous sommes trouvés ». Le discours se termine quelques lignes plus loin, de façon assez abrupte, sans conclusion.

Les auteurs modernes ont souvent insisté sur le fait que le texte de Tacite est bien meilleur que la prose un peu pesante de l’empereur : « Au style pénible et flasque d’un médiocre disciple de Tite Live, il a substitué la plénitude vigoureuse et l’alerte aisance du sien » n’hésite pas à écrire en 1930 l’historien lyonnais Philippe Fabia, tout en reconnaissant que le résultat n’a plus grand chose à voir avec le discours original : « C’est plus qu’une imitation très libre, c’est une refonte complète ». En fait, la différence tient surtout à la nature même des deux textes : d’un côté, la retranscription brute d’un discours, à la manière sténographique, avec les précautions oratoires imposées par les circonstances, de l’autre une page de littérature écrite en toute sérénité, dans une perspective historique. Tacite a non seulement résumé, mais interprété très librement les propos de Claude. Lorsqu’il lui fait dire « La paix est constante et loyale. Les Gaulois sont désormais assimilés aux nôtres par les mœurs, les activités et les alliances. Qu’ils nous apportent donc leur or et leur richesse plutôt que d’en jouir seuls », on peut se demander s’il ne dépasse pas quelque peu la pensée de l’empereur, pour épouser l’analyse de la classe dirigeante romaine.

Pendant longtemps, les historiens n’avaient pas une opinion très favorable de l’empereur Claude : il faut dire que les textes les plus accessibles, ceux de Sénèque, Tacite et Suétone, dressent un tableau peu flatteur de l’empereur, présenté comme un personnage ridicule, souffrant de tares physiques et de faiblesse psychique, ou bien un savant pédant et quelque peu « dérangé », arrivé au pouvoir par hasard. A l’aune de ces jugements, les commentateurs de la Table ont souvent porté une appréciation très sévère sur le contenu de son discours « En outre, les digressions, où il étale vaniteusement son savoir, indiscrètement ses sympathies, bassement ses rancunes, trahissent une infirmité morale, un manque de tact et de dignité, un homme qui n’est pas plus maître de ses sentiments que de sa pensée et de son langage » écrit Philippe Fabia qui a consacré un ouvrage complet à la Table. Mais il ne peut enlever à l’empereur le mérite d’avoir pris le parti des Gaulois ! « Pourtant, de sérieuses qualités intellectuelles et morales compensent ces défauts graves » écrit-il plus loin, pour s’en sortir finalement par une pirouette : si Claude a été le personnage médiocre que nous décrivent les textes, c’est qu’il a subi malgré lui de mauvaises influences.
On ne saura jamais quelle fut réellement la personnalité de Claude, mais on peut cependant mettre en doute l’objectivité de certains auteurs, à commencer par Sénèque, qui s’est livré à une parodie de l’apothéose de l’empereur. A titre de comparaison, imaginons un historien du futur qui, chargé de rédiger la biographie d’un président de la République, ne disposerait comme archives que de la presse d’opposition et des émissions satiriques télévisées ! En 1992, le colloque « Claude de Lyon, empereur romain », tenu à Paris, Nancy et Lyon, fut l’occasion non pas de réhabiliter la personne du prince, mais de faire le point sur l’œuvre d’un empereur très décrié à son époque. Pierre Grimal montrait qu’on pouvait dresser deux portraits de Claude à partir des auteurs anciens. D’un côté, ceux qui lui sont défavorables le dépeignent comme « le sot, l’étourdi, le malade incapable de concentrer sa pensée ». De l’autre, le fait que Claude ait été divinisé après sa mort, constitue la reconnaissance d’un homme d’état qui n’a pas failli aux exigences écrasantes du pouvoir et qui, contrairement à ces deux prédécesseurs, Tibère et Caligula, possède des vertus dignes du prince. Le rappel de son œuvre littéraire aujourd’hui totalement disparue (outre un ouvrage sur les jeux de dés qui le passionnaient, quarante et un volumes d’histoire, huit volumes de mémoires autobiographiques, deux histoires en grec, une apologie de Cicéron et enfin un traité consacré à trois nouvelles lettres de l’alphabet) montre assez l’originalité et la culture de Claude. Il serait sans doute déplacé de donner des accents trop modernes à son action en faveur des Gaulois, et de faire de Claude un philanthrope, en lutte contre le racisme de ses concitoyens. Mais il n’est pas interdit d’imaginer que grâce à sa culture d’historien, il avait saisi que l’intégration des étrangers assurerait la pérennité de l’Empire. «Il voulait voir tout le monde en toge, Grecs, Gaulois, Espagnols ; laisserait-il seulement un étranger ? » se moquait Sénèque. Mais Claude avait peut-être compris que «le peuple romain ne pouvait continuer à régner sur l’humanité qu’à condition de s’identifier à elle » (G.-Ch. Picard).

Fut-il suivi par le Sénat ? Tacite rapporte qu’ «en vertu du sénatus-consulte qui succéda au discours du prince, les Eduens reçurent les premiers le droit de siéger au Sénat ». L’empereur aurait eu finalement gain de cause : ce serait en tout cas le sens de la présence du texte de son discours à Lyon. Son intervention ne concernait pas les habitants de Lugdunum, citoyen romain à part entière depuis la fondation de la colonie. Mais Lyon était aussi le siège de l’assemblée fédérale des Trois-Gaules. On suppose que la grande plaque de bronze était affichée là où elle se réunissait, dans le sanctuaire de Rome et d’Auguste, traditionnellement localisé non loin de l’amphithéâtre, sur les pentes de la Croix-Rousse.

Bien des années plus tard, la Table Claudienne, du moins ses deux parties brisées, furent à nouveau jugées « dignes destre (…) affigées en quelque lieu à perpétuelle mémoire, mesmement que en icelles tables et lames y a parolles servant à cognoistre l’ancienne dignité de cette ville de Lyon (…)et seront affigées en lieu où les gens savans en puissent avoir la lecture, ce sera grande consolation aux gens de la ville quand ils verront ung certain tesmoygnaige de la dignité de leurs majeurs et que la ville tient bon compte de l’antiquité qui est à vénérer et des choses doctes ». La Table fut acquise par le consulat de la ville dès1529. Pour les bourgeois de Lyon, toujours en lutte contre le pouvoir de l’archevêque, elle constituait la preuve tangible que la ville tenait ses droits directement de son passé romain.

Aujourd’hui encore, mise en valeur par l’architecture de béton de Bernard Zehrfuss, la Table Claudienne constitue la plus belle pièce du musée gallo-romain de Lyon.

– Claude de Lyon, empereur lyonnais, Actes du colloque Paris-Nancy-Lyon, Presses Universitaires de Paris-Sorbonne, Paris, 1998
– Gérard BRUYERE, Jalons pour une histoire des collections épigraphiques lyonnaises, XVIe-XXe siècles, Bulletin des musées et monuments lyonnais, 2001, n° 2-4, p. 8-129
– Philippe FABIA, La Table Claudienne de, Lyon, Lyon, 1929

Hugues Savay-Guerraz, conservateur Département du Rhône, pôle archéologie musée de la Civilisation gallo-romaine, Lyon musée de Saint-Romain-en-Gal

Un symbole : l’Empereur, Rome et la Gaule unis sur les monnaies

Peu après son accession au pouvoir, l’empereur Auguste organisa à Lyon un très important atelier monétaire – le second, après Rome – afin de fournir les pièces destinées à payer la solde des nombreux soldats stationnés en Gaule et en Germanie. Les besoins étaient considérables puisque le total des sommes dues, aux seuls hommes du rang d’une légion, pour une année, s’élevait à 3 600 000 sesterces, soit 900 000 deniers d’argent d’environ 3.8 grammes chacun. A l’effigie de l’Empereur, ces monnaies d’or ou d’argent, frappées à Lyon, présentent des revers variés illustrant sa politique. Elles ne portent pas de signe distinctif, mais elles se reconnaissent aisément par la vigueur de la gravure.

Au contraire, le monnayage d’orichalque (laiton ou de cuivre) affiche fièrement son origine lyonnaise avec la représentation, au revers, de l’Autel fédéral des Trois Gaules. Ainsi trouve-t-on, perdus par des légionnaires dans les camps de Germanie, des as de cuivre ou des sesterces en orichalque (un sesterce vaut quatre as) fabriqués à Lugdunum. Cette menue monnaie – la solde journalière correspondait à 10 as – servait aux dépenses courantes : Un pain d’une livre, un demi-litre de vin, une assiette ou une lampe à huile coûtaient 1 as tandis qu’une tunique valait 15sesterces (1).

La modeste valeur de ces pièces au revers à l’Autel fédéral des Trois Gaules frappées sous Auguste, Tibère, Claude et Néron contraste avec leur intérêt historique puisqu’elles nous offrent les seules représentation iconographique de ce fameux Autel. En 12 Av. J.-C., Drusus, beau-fils d’Auguste, réunit pour la première fois, au confluent de la Saône et du Rhône, qui se situait alors au pied de la colline de la Croix-Rousse, les notables d’une soixantaine de cités gauloises pour célébrer le culte de Rome et d’Auguste. Un « Autel » monumental fut consacré deux ans plus tard pour accueillir cette réunion qui se maintient jusqu’au IIIème siècle.

Si l’histoire de ce sanctuaire nous est assez bien connue grâce aux sources littéraires, on ne saurait pas en dire autant de son architecture.

Strabon le situe et le décrit ainsi : « Le sanctuaire dédié en commun par les Gaulois à César Auguste est érigé en avant de la ville, au-dessus du confluent. S’y trouve un autel considérable qui porte inscrits les noms des peuples au nombre de soixante et des statues personnifiant ceux-ci, une pour chacun d’eux ».(2)

Les monnaies montrent que deux colonnes portant des Victoires tenant des couronnes de laurier encadraient un imposant bloc de maçonnerie portant divers éléments. En suivant la tradition qui identifie à une demie de ces colonnes chacune de celles qui soutiennent la coupole de la basilique Saint-Martin d’Ainay et, en considérant la taille du fragment d’une de ces couronnes, découverte rue des Fantasques, on obtient une hauteur totale de près de 14 mètres. En ce qui concerne la construction entre les colonnes, Robert Turcan propose de voir une partie de l’enceinte sacrée du sanctuaire et pense que ce nous voyons au-dessus pourrait être quelques-unes des soixante statues personnifiant les peuples gaulois ; avec, au centre, dans des niches, celles de Rome et d’Auguste, que souligne la légende des monnaies : ROM (AE) ET AVG (USTO).

De nombreux indices archéologiques permettent de situer cet « Autel » vers le chevet de l’actuelle église Saint-Polycarpe, soit à proximité du lieu de la découverte des Tables Claudiennes.

Du culte de Rome et de l’Empereur qui illustre les monnaies de cuivre aux Tables claudiennes, gravées dans le bronze à leur demande, les notables gaulois sont passés de la soumission au vainqueur à la participation active à la vie de l’Empire. Ainsi, ces témoignages métalliques annoncent la civilisation que nous appelons « gallo-romaine » pour bien marquer l’apport des deux traditions qui se mélangent sous la protection de la pax romana.

Jean-Pol DONNÉ, Président du Cercle lyonnais de Numismatique

Notes :
1 – exemples extraits de A. AUDRA & P. MATHEY, Monnaies romaines, Archéologie et Numismatique à Lyon (Iersiècle avant – IIIème après J.-C.)
2 – traduction de Robert TURCAN, L’Autel de Rome et d’Auguste «Ad Confluentem», Aufstieg und niedergang der römischen welt, Berlin – New York, 1982

Graver une médaille en 2004

Depuis toujours, l’homme cherche à laisser des marques de son histoire et de ses choix.
Ces « entailles » qui marquent les grandes étapes de l’humanité ont été exécutées de sa main. Cette main qui prolonge la pensée et qui projette l’homme vers son avenir. Cette main travailleuse qui modèle objets et outils. Créatrice, elle taille la roche avec des signes et des symboles qui traversent les âges : ils sont notre mémoire et les leçons de l’histoire. En se racontant ainsi, l’homme a trouvé le moyen de dépasser toute notion d’espace et de temps.

Le métier de la gravure est l’un des plus anciens métiers du monde. La vocation de ce métier est de marquer en profondeur. Une gravure n’est pas éphémère. Pourtant cet art s’oublie peu à peu autour de nous.

Je me rappelle quelques années en arrière, lors d’une fête de l’atelier de gravure sur acier, à l’école Boulle. À l’occasion de la saint Eloi (Patron des orfèvres, graveurs…), l’ensemble des vingt élèves de l’atelier festoyaient dans la joie et la bonne humeur autour de Monsieur Pierre Mignot, professeur d’atelier.
Cette fois là, il nous raconta une petite histoire. Elle se déroulait dans le futur, dans le même cadre. Les élèves mangeaient, buvaient, discutaient et chantaient… Quand soudain le professeur se leva. Le silence s’installa. Les élèves le suivirent des yeux. Il se dirigea vers son bureau. Là, il sortit de sa poche une clé, ouvrit une porte et sortit un objet recouvert d’un tissu sombre. Il porta vers l’assemblée la chose étrange. Le voile cachait une cloche de verre verrouillée sur un plateau. Avec respect, les deux pièces furent dévoilées. Puis, lentement le fameux plateau passa de main en main. À son passage, les yeux s’écarquillèrent. Ce fût le silence total. De retour à son point de départ, le professeur recouvrit l’ensemble de ses différentes pièces, se leva et reprit la direction du bureau. Ainsi l’objet mystérieux reprit sa place jusqu’à l’année suivante.

Étrange…Une question brûlait toutes les lèvres. Qu’y avait-il dans ce plateau ?

Je me rappelle le ton employé et le regard profond qui donnaient cette petite réponse simple mais pesante : « un marteau et un burin de graveur ».

Cette histoire m’a profondément marquée, d’autant que ce « futur » est déjà là, maintenant…

Aujourd’hui les outils de base du graveur sur acier deviennent de plus en plus rares sur l’établi. À leur place un clavier, un écran… La « taille directe » (procédé manuel) se perd et s’oublie. Le modelage résiste, car la main de l’homme reste encore plus subtile que la machine… mais pour combien de temps ? L’apprentissage et la transmission du savoir disparaissent, pour de nombreuses raisons dont le contexte économique. Nos outils finiront-ils dans les musées ? …
J’ai la volonté de préserver une qualité de travail tout en développant mon savoir-faire, et peut-être un jour le transmettre.

Il y a 10 ans, la ville de Lyon m’accueillait. Aujourd’hui, je suis fier d’être ici et de faire partie de cette cité au patrimoine riche et complet pour les monnaies et les médailles en France :
– Rome n’a t-elle pas donné le droit de frappe des monnaies gallo-romaines à Lugdunum ?
– La première médaille française vieille de 500 ans n’est-elle pas lyonnaise ?
– Il y a eu en presqu’île un hôtel des monnaies en doublon de la Monnaie de Paris.
– De 1830 à nos jours, quatre générations d’artistes médailleurs ont signé leurs œuvres du nom de Penin.
– Les anciens, vers saint Jean, se rappellent le rythme des presses de la Maison Augis (Montée saint Barthélémy)…

Monsieur Mignot a été pour moi un Maître. Il a su éveiller une passion. Son rôle était, comme il me l’a souvent répété, de nous apporter des outils et de nous apprendre à les utiliser. Avec le diplôme des métiers d’art en poche, en 1990, je quittais l’école avec un savoir et des connaissances solides.
Cette vocation de graveur médailleur m’a parfois amené à envisager seul les perspectives de métier historiquement immuable. Deux personnages m’ont aidé lors de mon travail pour le concours des Meilleurs Ouvriers de France, Messieurs Bernard Turlan, maître graveur retraité de la Monnaie de Paris et Claude Cardot, Meilleur Ouvrier de France en gravure sur acier.

La création d’une médaille passe par plusieurs étapes et plusieurs mains. Elle est le fruit d’un travail collectif. De chaque maillon de cette chaîne, dépend la qualité finale de la médaille.

Le dessin, la gravure, puis la frappe.
Une fois le dessin réalisé, le graveur le concrétise dans la matière, fidèle à l’esprit du motif. Le dessin devient alors bas-relief à l’envers et en creux sur un bloc d’acier qui servira de matrice pour la frappe.

Il y a trois possibilités de gravure :
– La technique de la « Taille directe », la plus noble car c’est une gravure exclusivement manuelle. Les outils sont : les burins, et les onglettes frappées aux marteaux, pour l’enlèvement de matière avec des copeaux – les ciselets pour marteler la surface de la gravure et ainsi donner des matières qui se joueront de la lumière – et les échoppes pour les finitions et les petits détails.
– La technique classique et la plus courante car moins risquée est la reproduction d’un modelage en bas-relief. Le graveur réalise une sculpture sur terre, plâtre, plastiline… d’après son dessin. Une fois terminé et à l’aide d’un pantographe ou d’un tour à réduire, le graveur reproduit par réduction sur un bloc d’acier la future médaille. Pour finir, le passage de la main est indispensable pour supprimer toute trace de la machine. La médaille qui vous est présentée relève de cette technique.
– Les techniques modernes. Elles sont de plus en plus nombreuses car elles sont rapides. Mais elles ne font pas tout. Elles sont pratique pour les textes, les logos et certaines formes. Elles s’éloignent cependant de plus en plus du travail de l’homme et de ses mains sur la matière qu’il doit façonner et à laquelle il transmet sa volonté créatrice.

La matrice gravée et finie sera trempée (traitements thermiques) pour lui donner un parfaite résistance à la frappe. Sur cette matrice, positionnée sur une presse dite « balancier à friction », on place un flan de bronze vierge. Le marteau de la presse est actionné, il est entraîné avec une force de 400 Tonnes contre la pièce de bronze. Celle-ci prend la forme de la gravure. Pour obtenir une médaille il faut frapper plusieurs fois, jusqu’à obtenir le motif complet.
Ce procédé d’édition par frappe est à ce jour le principe le plus précis qui met à jour la qualité de la gravure.
Et enfin, les étapes de finitions : patines, polissage et traitements de surface pour qu’une nouvelle médaille voie le jour et prenne part au patrimoine des hommes.
C’est ainsi que depuis des siècles l’Artiste Graveur Médailleur conçoit et réalise des « preuves parlantes » de faits historiques indubitables.

Nicolas Salagnac, graveur médailleur – MOF

La Médaille sur les Tables Claudiennes

Cette médaille, regard d’une période historique ancienne, mais aussi contemporaine, rappelle un personnage, l’Empereur Claude, né à Lyon. A été gravé dans le bronze le discours fait par celui-ci pour l’intégration des « tribus chevelues » (les élites gauloises) à la carrière des honneurs (participation aux décisions politiques à Lugdunum). D’où ce fragment des Tables Claudiennes, qui composent la base de la médaille.
Puis on plonge vers la ville de Lyon, vu de la Croix Rousse (emplacement plausible de l’Hôtel des Trois Gaules). Deux cours d’eau s’écoulent et s’unissent, la Saône et le Rhône qui tracent la profondeur et soulignent l’horizon.
Sur cette ligne se pose un regard visionnaire, celui de l’Empereur Claude.
Merci

A la S.A.E.C. pour son soutien, au graveur pour son enthousiasme, aux auteurs pour leur éclairage historique, et à ceux qui ont participé à la réalisation de cette édition. Ce carnet accompagne l’édition de « tête » de la médaille LUGDUNUM limitée à cent exemplaires numérotés de 001 à 100. Il a été frappé en outre trois exemplaires de cette médaille en épreuve d’artiste numérotés 104, 105 et 106 et trois exemplaires en hors commerce numérotés 101,102 et 103.

Le dessin et la gravure de la matrice ont été réalisés par Nicolas Salagnac, Meilleur Ouvrier de France (2000).
La frappe a été exécutée sur les presse de la société F.I.A en décembre 2003 pour le compte des Editions Scriptoria.
Cette édition a bénéficié du soutien de la S.A.E.C.