Nicolas Salagnac

Profils de médaillés – Lyon Citoyen – avril 2013

remise_medaille_ville_Lyon_IMG_0495Le dossier de Lyon Citoyen – avril 2013

RECONNAISSANCE
Pour sa dernière promotion en date, la médaille de la Ville de Lyon vient de récompenser 13 Lyonnaises et Lyonnais “méritants”. Ils ont en commun d’être des gens discrets. Et actifs : des anti-“y’a qu’à”. Certains sont déjà lourdement décorés. Mais pour tous, la médaille de la Ville, « c’est autre chose ». Retour sur des parcours au service des autres.

MÉDAILLE VILLE DE LYON PROMO 2013
Social, solidarité
Marie-Annick Chambon, Sécrétaire générale de la fédération du Rhône du Secours populaire français
Michel Brochier, Administrateur d’ALLIES-PLIE
Yvonne Fournand, Secrétaire générale du Comité de coordination des associations du 6e
Françoise Piessat- Guinand, Fondatrice de l’association Une souris verte
Jillian Chazalette, Président de l’association Gaelis
Christiane Le Bihan, Présidente de l’association Blouses roses
Rayonnement
Paul Boucaud-Maître, PDG des Chocolats Voisin
Jean-Bernard Plessy, Supérieur de l’Institution des Chartreux
Michel Loude, Président de l’Union des écrivains Rhône-Alpes
Mourad Merzouki, Chorégraphe
Démocratie participative
Marcel Brévi, Président du Comité d’intérêt local Sud-Presqu’île
Jean Frébault, Président du Conseil de développement du Grand Lyon
Georges Drevet, Président de la Ligue des droits de l’homme Lyon

remise_medaille_ville_LYON_Photographies Nicolas Salagnac.

DEPUIS DES DÉCENNIES, ET SURTOUT À PARTIR D’EDOUARD HERRIOT, LA MÉDAILLE DE LA VILLE DE LYON RÉCOMPENSE DES LYONNAIS MÉRITANTS ET HONORE DES VISITEURS de marque. Avec parcimonie. Dix à quinze fois par an, maximum. Ce qui en fait le prix. De sorte qu’entre récipiendaires, les “anonymes” sont en bonne compagnie : Maurice Jarre, Pierre Boulez, Agnès Varda, Jorge Sampaio (qui fut président de la République du Portugal), Clint Eastwood, Laure Manaudou… Autant de “stars” aux côtés desquelles 13 Lyonnais(e)s viennent de sortir de l’ombre, arborant désormais le précieux trophée, version 2006, œuvre du graveur Nicolas Salagnac.
Mais pourquoi cette distinction et comment l’accueillent-ils ?

Solidaires
Secrétaire générale de la fédération du Rhône du Secours populaire français, Marie-Annick Chambon (lire page 26) se bat depuis plus de 30 ans contre la détresse humaine. Administrateur d’ALLIES-PLIE, Michel Brochier est de cette dynastie lyonnaise d’entrepreneurs pour qui le business n’a jamais été une fin en soi ; convaincu du rôle que doivent jouer les entreprises pour l’insertion, il crée le PASS (Plan d’action sur site) ; altruiste chronique, on le retrouve aux conseils d’administration de la Croix-Rouge, de l’Unicef, de la Péniche d’accueil…, une boulimie d’engagements qu’il partage avec Yvonne Fournand ; secrétaire générale du Comité de coordination des asso- ciations du 6e, elle est d’abord investie dans l’alphabétisation, la lecture en milieu scolaire, le sport et trouve du temps à consacrer à Amnesty international et aux Scouts et guides de France… Pour Marie-Françoise Piessat-Guinand, l’association Une souris verte est l’œuvre d’une vie. Mais pas de tout son temps, loin s’en faut (lire page 27). Quant à Jillian Chazalette, sans attendre la retraite (il est étudiant), il s’engouffre dans le bénévolat arguant que « c’est facile quand on n’est pas soi-même dans la précarité » ; tiens donc ! (voir encadré page 27). Une même détermination anime Christiane Le Bihan, à la présidence des Blouses roses, association qui organise des loisirs culturels dans les hôpitaux.
Inventifs
Quel rapport entre ces médaillés au titre de la Solidarité et ceux dont on a salué la contribution au rayonnement de la Cité ? « La Ville de Lyon, répond son maire, Gérard Collomb ; c’est-à-dire l’inventivité, la créativité, la générosité, l’engagement citoyen ».    Inventivité ? Paul Boucaud-Maître en est un infatigable représentant ; créateur du “Coussin de Lyon”, il avait succédé à son père, Joseph, à la tête de la maison Voisin en 1968. « J’ai été fou de cette boîte » (de chocolats…), dit-il pour expliquer qu’il ait consacré 65 ans de sa vie à la développer et à veiller au bien-être de son personnel en un temps où l’on ne parlait pas encore de mal-être au travail. C’est à cette époque, en revanche, que l’on commençait à remettre en cause un enseignement jugé inadapté à l’évolution de la société. Pas à l’institution des Chartreux, où à l’évidence, le maintien de la ligne a réussi à pas mal d’élèves… ; ce qui vaut à son actuel directeur général, Jean-Bernard Plessy la médaille de la Ville de Lyon. Un œcuménisme qui ne devrait pas déplaire à Michel Loude ; esprit ouvert par nature, cet ancien prof de lettres préside entre autres l’Union des écrivains Rhône-Alpes et l’académie… du Merle blanc ! Militant proactif de la cause lyonnaise, il promeut la création autant que notre héritage patrimonial dans tous les domaines… De sorte qu’il pourrait écrire sur le chorégraphe Mourad Merzouki, autre Lyonnais médaillé pour avoir transcendé le hip-hop et fait danser toute la ville lors du défilé de la Biennale.
Citoyens
Dans la catégorie Démocratie partici- pative, on trouve un certain Jean Frébault (lire encadré page 26) – “faux retraité” qui ne cesse de s’activer pour l’avenir de notre territoire -, Marcel Brévi et Jean Drevet. L’un, président du Comité d’intérêt local (CIL) Centre – Presqu’île – Confluence, joue inlassablement le jeu de la concertation avec la collectivité et transmet la connaissance des quartiers auprès du grand public. L’autre, président fondateur du CIL Bellecombe (et responsable de la Ligue des droits de l’homme Lyon) a réussi à faire sortir d’un certain anonymat ce quartier un temps occulté par les Brotteaux et la Part-Dieu. De sorte qu’un constat s’impose : à travers la grande diversité de leurs engagements, les médaillés apportent ou ont apporté une réelle contribution à l’évolution de la vie à Lyon. A la médaille remise en son nom par le Maire, chaque Lyonnais peut ajouter tout simplement : merci.

JEAN FRÉBAULT : PRÉCURSEUR
« Je suis reconnaissant à Lyon pour mon parcours professionnel. Et voilà que Lyon me témoigne sa reconnaissance ! Je la partage avec mes collègues du Conseil de développement ». Authentique modeste, Jean Frébault : « n’en faites pas trop dans votre article ». Bon d’accord. Mais quand même…
La pratique…
Directeur de l’Agence d’urbanisme de la Communauté urbaine de Lyon de 1978 à 1988, il est de ceux qui nous font passer de l’ère technocratique du tout-béton à celle de la qualité de vie urbaine concertée. « L’urbanisme doit être au service de l’homme », pense-t-il ; à l’époque, c’est nouveau ! Depuis lors, non seulement Jean Frébault a poursuivi cet engagement, mais « grâce à une continuité politique sur la vision de la ville et à l’ouverture sur la société civile », il voit les orientations élaborées à cette époque mises en pratique sur le terrain.
De 1985 à 1988, il anime l’étude du projet “Lyon 2010”. « C’était un exercice inédit de prospective territoriale, avec de jeunes élus motivés, de tous bords ». Avec le recul, on constate que “Lyon 2010” a initié des axes fondamentaux qui ont marqué les évolutions de l’agglomération : transformation de la ville sur elle-même, “vivre ensemble” et enjeux environnementaux, ambitions métropolitaines, qualité urbaine, concertation…
… et la méthode
Président du Conseil de développement du Grand Lyon depuis 2006, le retraité (!) Jean Frébault consacre à cette instance participative son expérience et ses convictions. Contribuant à esquisser l’agglomération à l’horizon 2020 et au-delà, elle rassemble un panel diversifié de la “société civile organisée” et de citoyens. Autant dire celles et ceux qui sont directement concernés.
Au fond, la méthode Frébault consisterait à nous inviter à nous mêler de ce qui nous regarde. Notre cadre de vie, par exemple. Ce qui mérite amplement la médaille de la Ville de Lyon !

MARIE-ANNICK CHAMBON : INDIGNÉE
SOLIDARITÉ Un siècle après son grand-père, Marie-Annick Chambon s’est vu remettre la médaille de la Ville. « C’est un mélange de fierté et de bonheur. Je ne m’y attendais pas ». La Secrétaire générale de la fédération du Rhône du Secours populaire français joue collectif. « Je la partage avec tous les bénévoles et les personnes que l’on accueille, dont certaines deviennent elles aussi acteurs de la solidarité ». Depuis ses 17 ans, parce qu’elle ne supporte pas l’injustice, Marie-Annick s’engage pour que les choses changent. « Notre déménagement est le gros dossier de mon mandat. On dispose enfin d’un outil à la hauteur de notre effectif de bénévoles engagés et de notre volume de solidarité effectuée». Elle se décrit comme tenace, combative même, aimant la rigueur. « On ne fait pas n’importe quoi avec l’argent et les moyens humains». Directe, parfois impulsive, elle distille à ses troupes un sens de l’écoute inconditionnelle. « Ce qu’on vit est parfois dur mais cela génère une grande force».

FRANÇOISE PIESSAT-GUINAND : BIENVEILLANTE
DIFFÉRENCE « J’ai bien traduit que cette médaille salue le travail de l’association dont je suis la présidente. C’est une reconnaissance importante. On se sent plus fort ». Depuis 1989, Une Souris verte prône l’intégration précoce d’enfants en situation de handicap en milieu ordinaire, soutien à la parentalité, éducation à la citoyenneté, formation des professionnels de la petite enfance. Maman de Clémentine et Stéphanie, toutes deux polyhandicapées, cette infirmière inspire le respect. Elle porte à l’autre, quel qu’il soit, une véritable attention. « Mon parcours professionnel et mon vécu personnel ont changé mon regard. Aujourd’hui, tout s’entrecroise et s’alimente. J’ai la chance d’avoir une bonne santé et je ne renonce jamais à remplir les interstices de la vie, avec le chant par exemple ». Françoise est enjouée. A la question récurrente : comment faites-vous ?, elle répond que « chaque personne dispose de ressources pour surmonter les difficultés. Il suffit juste de les mettre en œuvre ».

JILLIAN CHAZALETTE : RÉVOLTÉ POSITIF
Président du groupement d’associations étudiantes solidaires Gaelis, il est distingué pour avoir créé, avec le soutien d’une quarantaine d’associations, une épicerie sociale, Agoraé. Elle permet à des étudiants disons “encore plus en difficulté que d’autres” de s’approvisionner correctement à moindre prix. «Je suis heureux qu’une action étudiante soit reconnue», réagit Jillian. Heureux mais toujours révolté : «40% des étudiants bossent pour payer leurs études ; beaucoup ne s’en sortent pas et abandonnent ».
Aussi, au-delà de l’épicerie, l’association se mobilise pour soutenir les précaires et ceux qui risquent de le devenir : surtout éviter l’isolement en créant du lien social à travers des soirées culturelles, projections de films, buffets partagés, même des séances de massage de relaxation. «Ce que nous faisons ne résout pas la misère mais ça peut la soulager ; et puis lorsque comme moi, on n’est pas dans la précarité, c’est facile de s’engager».

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